23 novembre 2007
Après, je n'en parlerai plus…
Chers amis,
Un ami diplomate m’a fait le récit — épique — du tour de France qu’il vient d’achever en compagnie d’une centaine d’hommes d’affaires chinois, venus à l’invitation de notre pays découvrir son industrie de pointe et ses entreprises innovantes. Pour ça, ils n’ont pas été déçus ! Trains en retard, vols annulés, embouteillages… Je doute que leurs investissements choisissent de sitôt notre pays.
On condamne, avec raison, les excès des dictatures, mais l’on signale rarement les abus des démocraties. La simple formule de rentrée sociale, exprimant une saisonnalité du mécontentement, donne l’indice du peu de sens que revêt aujourd’hui, pour moi, une certaine action syndicale. Les syndicats les plus radicaux sont devenus des conservatoires, des musées d’acquis sociaux à l’usage d’une minorité farouche et batailleuse.
Quelle différence avec les luttes héroïques du temps passé ! Je vous conseille un film des années 1970, Norma Rae, qui retrace le combat d’une ouvrière du textile américaine contre les dirigeants de la filature où elle est employée. C’était l’époque où les prolétaires, soumis à des cadences infernales, s’épuisaient littéralement au travail. Il était légitime, alors, d’engager l’épreuve de force — et quelle épreuve ! — afin d’obtenir un traitement plus humain du personnel. Mais aujourd’hui ? Les grèves des transports sont devenues routinières et comme telles, vidées en partie de leur substance.

Une image tirée du film Norma Rae réalisé par Martin Ritt en 1979
Ce qui m’étonne le plus, c’est la docilité des usagers des transports, premières victimes de ces mouvements sociaux. Lors d’une autre grève, celle d’Air France, pendant que je faisais la queue au comptoir de la compagnie, j’entends cette remarque d’un de voyageurs dans la même file : « je n’ai pas pris l’assurance annulation, j’ai peur de ne pas être remboursé. » J’en suis resté bouche bée. L’avion que devait prendre ce monsieur reste au sol, et le passager s’interroge s’il sera dédommagé ? L’assurance annulation — est-il nécessaire de le rappeler ? — couvre les frais d’annulation si c’est le passager qui renonce à son vol. Quand la compagnie est fautive, il n’y a bien sûr pas d’assurance à faire jouer.
La vérité, c’est que notre pays est désormais rôdé aux grèves. Les usagers s’en accommodent comme on s’arrange des pluies abondantes sous le climat écossais. La tentation me vient parfois d’émigrer ailleurs, où le soleil est plus constant.












