volubilis

Le blog littéraire, hédoniste et jardinier d'un écrivain, Olivier Bleys.

08 avril 2007

Récréation photographique

Chers amis,

Je vous convie à un petit jeu : photographiez votre espace de travail et publiez ces images. Nous aurons ainsi une idée du lieu où vous avez choisi — le mot l'est mal, je sais — d'inscrire une grande partie de votre vie.
Voici mon atelier d'écriture, photographié avant-hier vendredi 6 avril 2007 vers dix heures du matin :

quotidien_2

Une méridienne, un ordinateur, deux combinés téléphoniques, un agenda, divers documents, un chronomètre (pour estimer le temps de lecture du feuilleton radiophonique que je suis en train d'écrire), deux tasses de café (soit la moitié de ma consommation quotidienne) : le tout compose mon environnement de travail.

quotidien_1

… j'ajoute, à quelques pas de la méridienne, un pupitre supportant des partitions de clarinette. La musique me distrait de l'écriture. Au second plan, le jardin. Je m'accorde une demi-heure de lecture au soleil, souvent après déjeuner, quand le temps m'y invite.
Et vous ?

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07 avril 2007

Vertiges de l'ordinaire

Chers amis,

Admirez cette vue de la France, photographiée par un satellite voici quelques heures :

France

Il est rare, très rare qu'un ciel si pur règne sous nos latitudes, et qu'on puisse embrasser du même regard l'Espagne et l'Irlande, avec la vaste étendue de terre et de mer entre les deux. Mais là n'est pas mon sujet.
J'ai la plus grande admiration pour la technologie qui permet de fixer sur écran, et de diffuser presque aussitôt sur Internet ces images qui restaient, voici encore quelques années, la possession jalouse des scientifiques. Le seul magazine auquel je sois abonné, moi qui lis très peu de presse, c'est une revue de vulgarisation scientifique : Sciences & Vie. Et, sans exagérer, je m'écrie à chaque page devant les théories maniées aujourd'hui par les savants, et leurs réalisations étourdissantes dont le grand public n'a généralement pas idée.

Cette photo, par exemple… Elle est banale à vos yeux. Vous connaissez bien les contours de votre pays, pour les avoir appris dans vos premières années d'école. Mais songez au prix qu'elle aurait eu pour un prince de la Renaissance ? Quelle fortune aurait déboursée François Ier, ou Louis XII pour s'emparer d'une carte précise de l'Europe, formidable atout dans la guerre que se livraient alors les puissances du continent ?

Cette conversion de l'extraordinaire au banal, à quelques siècles et parfois quelques années de distance, est pour moi un grand sujet de méditation. Rien de plus commun non plus qu'un globe terrestre ; il en existe de toutes les tailles et sous toutes les formes : affiche, porte-clefs, oreiller et boîte à sucre… C'est sans doute l'une des images les plus diffusées et dès lors, les plus usées (un mot contient l'autre) de l'iconothèque mondiale. Mais encore une fois, des hommes comme Henri le Navigateur, ce fameux prince portugais qui donna l'élan à la colonisation des terres africaines, aurait déboursé une fortune pour en posséder un tirage même médiocre. Ma fille, qui joue avec un ballon aux couleurs de la Terre, détient sans le savoir un trésor.

Henri

Un portrait d'Henri le navigateur (1394-1460)

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05 avril 2007

Lecture écologique

Chers amis,

Dimanche dernier, le 1er avril, notre petite famille répondait à l'appel de plusieurs associations écologistes et grossissait de trois nouvelles unités le vaste rassemblement organisé place du Trocadéro, à Paris, France, pour intimider les candidats à l'élection présidentielle.

J'avoue n'avoir aucune culture militante ; c'est pourquoi j'ignore la façon de me comporter dans ce genre de manifestation. Certes, il est utile de s'y rendre pour " faire nombre ". Mais une fois sur place, comment s'occuper ? Dans un défilé, au moins, on marche, on prend de l'exercice. Dans un rassemblement, sauf piocher un ou deux prospectus et mâcher une gaufre, il n'y a rien à faire.

Bref, nous nous sommes ennuyés.

photo

La photo publiée par le magazine Le Point pour illustrer le grand rassemblement du Trocadéro.
Notez-le, le cadrage n'inclut que les " personnalités ". On ne voit pas la foule…
Or, ce qui fait la force d'une telle manifestation, ce n'est pas la présence d'Hulot et consorts, c'est celle des nombreux anonymes.
Voici un traitement " people " de l'information, aussi niais qu'insultant.

Quelques panneaux étaient dressés où les militants pouvaient inscrire leurs pensées écologiques grâce au feutre (vert) fourni. Puisque c'était le 1er avril, j'ai décidé d'introduire un peu d'humour dans ma dédicace. J'ai écrit :

" Stop au gâchis de papier. Ne lisez plus Marc Levy ! "

Je suis effaré du nombre de mes amis, la plupart cultivés, intelligents, instruits qui possèdent un ou plusieurs livre(s) de Marc Levy dans leur bibliothèque. Soyons clairs : j'abhorre le relativisme culturel, il faut distinguer de bons et de mauvais auteurs, des livres recommandables et d'autres à jeter. Marc Levy, c'est nul. Il n'y a pas à discuter.

Vous n'honorez pas l'espèce humaine quand vous ouvrez l'un de ses livres.Vous feriez mieux d'acheter La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, de Philippe Delerm, aux éditions de l'Arpenteur. Ce fut un gros succès de l'année 1997, mérité celui-ci. Je ne regrette pas l'arbre qu'on a abattu pour imprimer ces récits pleins de poésie et de délicatesse.

En me relisant le surlendemain de la rédaction de cette note, je me trouve un peu dur envers les lecteurs de Marc Levy qui, par définition, sont au moins des lecteurs. " Il n'y a pas de petit profit en matière de lecture ", écrivait j'ai oublié qui. Mais bon, un certain radicalisme ne nuit pas, dans la grisaille consensuelle que nous traversons.

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04 avril 2007

Sur France Inter

Chers amis,

Ce court billet pour vous informer de la diffusion prochaine sur France Inter (les fréquences ici), le dimanche 22 avril à 13 h 30, d'une courte pièce radiophonique (30 min. environ) dont je suis l'auteur. Elle s'intitule Quand les tables dansaient et traite des débuts du spiritisme au XIXe siècle, particulièrement de l'initiation aux tables tournantes qu'a connue Victor Hugo entre 1853 et 1855, pendant son exil à Jersey.
Ceux que le sujet intéresse peuvent télécharger au format Word les notes que j'ai prises pour la préparation de ce travail :

Télécharger mes notes sur le_spiritisme

J'ai assisté hier à la séance d'enregistrement, qui mobilisait une équipe d'une vingtaine de personnes dont la moitié de comédiens. C'est l'acteur Bernard-Pierre Donnadieu qui prêtait sa belle voix grave à Victor Hugo. Le résultat, je pense, sera de grande qualité.

J'ai déjà écrit un feuilleton radiophonique en cinq épisodes pour France Culture, Libertalia, et livrerai prochainement à la même station un feuilleton de durée égale autour du compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos, Le vert paradis de Villa-Lobos.

Ci-dessous, une curiosité : la reproduction du quatrième et dernier cahier du " Livre des Tables ", où furent consignés les procès-verbaux des séances de spiritisme de Jersey. Tenu tour à tour par Victor Hugo, Auguste Vacquerie, Jules Allix, Clément Dulac et Paul Meurice, le " Livre des Tables " est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Nationale de France, département des manuscrits.

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"Livre des Tables", 21 janvier - 8 octobre 1855

 

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29 mars 2007

Revue de presse

Chers amis,

Quelque indifférent qu'on soit à l'actualité, en particulier à celle, triviale, qui circule sur le Web, on ne peut s'empêcher d'éprouver de la curiosité, parfois de l'étonnement à la lecture de certaines dépêches.
A cet égard, la semaine du 26 mars au 1er avril 2007 fut d'une densité remarquable.
J'ai retenu, pêle-mêle :

• les noces du Chinois
Bao Xishun, 56 ans, considéré comme l'homme le plus grand du monde (2 m 36), avec la jeune Xia Shujuan, 29 ans et seulement 1 m 68. Le commentaire de la dépêche, plutôt sibyllin, évoque un mariage arrangé — indice que les grands n'ont pas toujours auprès des femmes le succès qu'on croit. D'ailleurs, Robert Wadlow, l'homme le plus haut de taille depuis que ce genre de record est homologué (2 m 72) est mort célibataire.

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Le couple chinois, preuve vivante que la fameuse croissance de l'Empire du milieu affecte ses propres sujets

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Robert Pershing Wadlow (1918 - 1940), l'homme le plus grand jamais mesuré

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Le même, réintégrant péniblement son véhicule — est-ce à la requête du géant que les automobiles états-uniennes ont acquis leurs proportions généreuses ?

Un Britannique âgé de 40 ans, Robert Garside, surnommé The Runningman (" L'homme qui court ") par ses compatriotes, vient d'achever le premier tour du monde en courant. Son épopée s'est achevée le vendredi 13 juin 2003 à New Delhi, la ville dont il était parti cinq ans et huit mois plus tôt. C'était la quatrième tentative de cet étudiant en psychologie, dont la dépêche nous précise qu' " il a échappé à des voleurs au Mexique, à des hommes armés au Panama, et a été arrêté par des officiels du gouvernement chinois car il ne disposait pas des autorisations nécessaires. "
Vous l'ignorez sans doute, mais je projette depuis plusieurs années un tour du monde à pied, non en courant — ça me semble bien puéril — mais en marchant. Ce projet est né de ma rencontre avec Bernard Ollivier, qui est parti l'année de sa retraite pour une longue marche sur le segment oriental de la route de la soie. Le récit de son voyage, paru en trois tomes chez Phébus, est un enchantement.
J'écrirai bientôt un article sur mon projet de tour du monde à pied, en espérant trouver parmi vous de futur(e)s coéquipier(e)s.

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Robert Garside à son arrivée à New Delhi

Les Chinois sont en train de bâtir une ville écologique, Dongtan, sur l'île de Chongming, à l'embouchure du Yangtze. L'article indique : " D'ici 25 ans, un demi-million de personnes devraient élire domicile sur l'île, paradis des oiseaux migrateurs et actuellement reliée par ferry au continent. Elle sera la première cité verte d'une Chine qui apparaît comme un cauchemar écologique avec vingt des trente villes les plus polluées au monde. /…/ Le principe est simple: tout reposera sur les énergies renouvelables. Trois éoliennes fendent déjà l'air de Dongtan. Le recyclage sera optimisé: eau de pluie pour irriguer les cultures, ordures ménagères pour servir de combustible. Les habitants mangeront des produits issus de l'agriculture biologique des fermiers locaux. Les toits en pelouse des maisons de huit étages maximum assureront une isolation efficace et les bâtiments consommeront 70% d'énergie de moins que les tours du centre ville. Seulement 40% de l'espace aménagé sera construit, le reste étant consacré aux cultures et à la réserve naturelle d'oiseaux. /…/ Les véhicules n'utiliseront ni diesel ni essence. "
Mais les contradicteurs du projet observent, avec raison selon moi, qu'avant d'être écologique l'île était… naturelle, et ne s'en portait pas plus mal. Il est douteux que les oiseaux migrateurs fassent bon ménage avec les Chinois fortunés qui s'installeront à Dongtan.


plan

Localisation de Dongtan

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Une " vue d'artiste " de la marina de Dongtan. Bien peu de verdure, pour une île écologique !
 

José Bosé, candidat têtu à la présidentielle, souhaite lancer un concours pour changer les paroles de la Marseillaise, notre hymne national, dont certains versets sont jugés choquants par beaucoup de Français. Il s'agit en particulier de :

Qu'un sang impur...
Abreuve nos sillons !

Comme Bové le souligne honnêtement, il n'est pas le premier à défendre cette idée. Plusieurs personnalités, dont l'abbé Pierre et Théodore Monod, ont déclaré que la Marseillaise méritait d'être réécrite. M. Jean Toulat a recueilli l'opinion d'artistes et de politiciens sur le sujet dans son livre Pour une Marseillaise de la Fraternité (éditions Axel NOEL : Paris, 1992). On peut en lire des extraits sur ce site Internet, et sur cet autre. Un collectif a même créé, voici quelques années, pour exiger cette réforme. A mentionner également, l'initiative de cette association qui propose une Marseillaise pour les enfants.

Dans un recueil de récits d'anticipation resté inédit, j'ai moi-même écrit un projet de Marseillaise dont voici un extrait :

" Allons enfants du millénaire,
Le jour d’espoir est arrivé !
Effaçons ces tristes frontières,
Qu’entre nous un pont soit jeté ! (bis)
Pourquoi faut-il brandir les armes,
Donner tous nos fils au combat ?
Tant d’eux ont péri dans nos bras !
Nous n’avons que trop versé de larmes !

Ensemble, citoyens !
Arrachons nos bâillons !
Chantons ! Chantons !
Le temps est mûr
De faire une nation !

Fille ou garçon, ou noir ou pâle
Nous sommes tous frères d’humanité !
De nos vies le prix est égal,
De nos sangs chaque goutte est sacrée ! (bis)
Il n’est de roi ni de prophète
Qui vaille un enfant sacrifié !
Tyran, tu crois nous abuser,
Prends garde d’éveiller la tempête ! … "

Ça sonne pas mal, non ?

• Deux autres dépêches extraites de l'actualité de la semaine, mais que je ne commenterai pas — elles se suffisent à elles-mêmes :
   > une ONG, l
e Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), assure que les dictateurs des pays du Sud ont détourné et placé à l'étranger, au cours des dernières décennies, des fortunes estimées entre 100 à 180 milliards de dollars. Relisez une nouvelle fois. Voilà qui conforte mon idée que notre monde, plus que de justice, a désormais besoin de justiciers ;
    > L'exposition d'un Christ en chocolat (voir photo ci-dessous) dans la galerie d'un hôtel new-yorkais, en pleine semaine de Pâques, a été annulée sous la pression des Catholiques.
.

Christ

" Prenez et mangez-en tous… "

L'artiste, Cosimo Cavallaro, est connu pour ses œuvres insolites à base de nourriture. La dépêche nous apprend qu'il a " tapissé une chambre d'hôtel new-yorkaise de mozzarella fondue, recouvert une maison du Wyoming de fromage Pepper Jack ou encore décoré de jambon un lit à colonnes ".
De quoi alimenter ma méfiance envers un certain art contemporain — méfiance que n'éveille aucunement chez moi la musique contemporaine, dont les auteurs, en règle générale, possèdent une culture de leur art plus étendue que celle des plasticiens.
 


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27 mars 2007

Oups !

Je tiens la preuve récente que les " mots d'enfants " sont mal nommés et que les auteurs de ces calembours involontaires, mais souvent expressifs, peuvent fort bien se recruter chez les adultes. Mon blog proposait une catégorie " mots de ma fille ". J'en crée une autre aujourd'hui : " mots de ma compagne ".
Voici quelques jours, Laetitia et moi évoquions un agent immobilier peu scrupuleux, pourtant employé d'une enseigne reconnue (ORPI), qui m'avait fixé un rendez-vous auquel il ne s'était pas rendu, sans d'ailleurs présenter d'excuses. Et voilà que ma compagne, très échauffée, le traite de " BAGOUILLEUR ".
Ce néologisme, ou plutôt cet hapax — mot dont un seul emploi a été relevé — me semble très réussi. " BAGOUILLEUR " rappelle magouilleur, bien sûr, mais aussi bagou : éloquence verbeuse fort utile à ceux qui magouillent…
Si ce mot entrait dans le dictionnaire, au moins dans Le Petit Robert, ce serait près de bagouse : un accessoire également fort prisé des agents immobiliers !

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15 mars 2007

Bientôt en librairie…

Chers amis,

Mon prochain roman, Semper Augustus, sortira chez Gallimard ce printemps, sans doute en mai. C'est aussi le mois de mon anniversaire, cette échéance aussi espérée des enfants qu'elle est redoutée des adultes.
Pour la première fois, cette année, m'est venue la tentation de tricher sur ma date de naissance en me rajeunissant de deux ans. Nous verrons si j'y céderai, étant l'unique rédacteur des trois lignes de biographie figurant au dos du livre !
J'avais songé à produire une biographie fictive et pittoresque, mais Gallimard l'a refusée — peut-être avec raison. Vous serez juges en lisant ceci :

Né à Samarcande en 1973, fils d’un oiseleur vénitien et d’une flûtiste russe, Olivier Bleys est un jeune homme aussi long de taille qu’il est court de cheveux. De son enfance voyageuse et bohême, il garde l’amour du café et le regret de la musique. Ses engouements passagers, mêlés à des souvenirs de ses vies antérieures, inspirent des romans d’histoire qui ne sont pas historiques. Chacun complète d’une nouvelle pièce un luxuriant cabinet de curiosités.

L'heure n'est plus aux mythomanies. Pourtant, les artistes de son passé ne se sont pas privés d'assaisonner leur biographie avec quelques inventions savoureuses… Ainsi Bob Dylan, qui prétendait — faussement — avoir reçu une guitare d'un vieux bluesman aveugle, ou encore Orson Welles, qui se faisait passer aux Etats-Unis pour une vedette du théâtre britannique, ou enfin Heitor Villa-Lobos, compositeur brésilien du XXe siècle, qui déclarait avoir été capturé par des Indiens anthropophages…

En avant-première, voici le projet de quatrième de couverture :

" Haarlem, années 1630. Cornelis Van Deruick, un marchand de tissus veuf et sans-le-sou, décide de quitter la Hollande pour chercher fortune en Amérique. Il laisse ses quatre enfants à la garde de l’aîné, Wilhem, et leur assure la protection de Paulus van Bereysten, haut personnage de la ville, négociant en fleurs puissant et redouté.
La Hollande est alors la proie d’une étrange folie : la passion des tulipes. Les variétés rares atteignent des prix extravagants et font l’objet de spéculations intenses, au point d’inquiéter les autorités. Des fortunes se font et se défont en quelques heures sur ce marché volatil où un seul bulbe de Semper augustus – une tulipe légendaire à l’éclat sans pareil — vaut autant qu’un palais. Livrés à eux-mêmes, les enfants Deruick vont affronter un monde cynique et implacable…
Basé sur un épisode historique méconnu, la « tulipomanie », où certains économistes voient une préfiguration des bulles spéculatives modernes, le roman d’Olivier Bleys restitue avec brio l’atmosphère fiévreuse des Pays-Bas de l’âge d’or. Ce récit d’une formidable vitalité est aussi un plaidoyer contre l’injustice sociale, l’asservissement des faibles par les nantis. Il se révèle alors d’une troublante actualité.
"

Ça vous donne envie de lire ? Je l'espère !

Le service artistique de l'éditeur a travaillé aussi sur la couverture, selon mes recommandations et les reproductions de tableaux que je leur avais fournies. Voici leur dernière proposition — très sombre en raison de la mauvaise définition du document original ; la couverture imprimée sera plus lumineuse :

semper


Qu'en pensez-vous ?
L'atmosphère est bien celle du livre : obscure et inquiétante. La présence d'une tulipe cernée par les insectes symbolise l'innocence corrompue des principaux protagonistes, quatre enfants livrés à eux-mêmes dans les Pays-Bas de l'âge d'or (début du XVIIe siècle) et qui feront l'apprentissage douloureux du monde. C'est aussi un rappel de la thématique du roman que le titre, Semper Augustus, ne laissait pas deviner — un certain nombre d'entre vous le jugeaient d'ailleurs peu explicite.

Cette image est un détail d'un tableau de Balthasar van der Ast, Nature morte avec fruits et fleurs, qu'on peut admirer au Rijksmuseum d'Amsterdam.
La peinture de fleurs était très en vogue dans les Pays-Bas de l'âge d'or. C'était aussi une façon pour les bourgeois qui ne pouvaient s'offrir de fleurs véritables, souvent hors de prix, d'embellir leur maison avec des bouquets artificiels. Nombre de ces tableaux représentent des fleurs fanées ou défraîchies, parfois couvertes d'insectes — une façon d'illustrer la fragilité de ces belles créatures et la vanité de nos attachements terrestres.
Voici un choix tiré de ma collection personnelle (virtuelle, s'entend). Vous pouvez cliquer sur les vignettes pour les agrandir :

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Balthasar van der Aelst
Fleurs dans un vase avec coquillages et insectes


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Jan Van Huysum

Titre inconnu

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HEEM Jan Davidsz
Vase de fleurs


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Balthasar van der Ast

Titre inconnu


Dans mon jardin aussi, les tulipes ont percé. Pourvu qu'elles ne succombent pas au gel dont la dernière offensive de l'hiver nous menace !

Bons baisers à tous,

Olivier

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11 mars 2007

Nos petits oiseaux

Parmi les outils mis à ma disposition par l'éditeur de ce blog, l'un des plus utiles est le classement des messages par catégories, qui permet d'extraire de mes contributions celles qui rencontrent votre intérêt. Or, depuis que je tiens ce journal en ligne, il est manifeste que la catégorie " mots de ma fille " l'emporte sur les autres, en quantité sinon en qualité. Cela s'explique aisément :

  • Alice, ma fille, est un moulin à paroles. Pourvu qu'elle soit en confiance, elle ne laisse le dernier mot à personne, et répète ses questions aussi longtemps qu'elles n'ont pas reçu de réponse ;

  • Alice partage avec les autres enfants de son âge ce génie de l'improvisation qui faisait dire méchamment à Cocteau : " tous les enfants ont du génie, sauf Minou Drouet ". Minou Drouet, si vous l'ignorez, est une fillette rendue célèbre dans les années 1950 par des recueils de vers assez conventionnels mais joliment tournés. Vous pouvez lire ici sa biographie et un article de Paris-Match qui lui fut consacré à l'époque.

Minou

Ce n'est pas ma fille, c'est Minou Drouet

Il me suffit donc, papa fainéant, d'écouter ma fille un stylo à la main pour recueillir la matière d'une nouvelle chronique. C'est ce que j'ai fait lors du dernier week-end, passé à Bordeaux, au cours duquel j'ai relevé :

" Papa, j'ai pondu mes œufs " > je n'ai pu percer le sens de cette affirmation, qui n'a rien de scatologique ;
" Papa, le vent me secoue comme une cloche" > de fait, il ventait fort sur la plage ;
" Papa, quand j'étais petite, j'étais la sœur de maman " >Alice étant aujourd'hui fille unique, il n'est pas aisé de lui faire entendre ce qu'est un frère ou une sœur. Si vous insistez un peu, elle est d'ailleurs toute disposée à devenir votre sœur, voire votre frère.

Plus on prend de l'âge, plus on ralentit : voilà ce qu'un trentenaire découvre en présence d'une petite fille de trois ans. Alice court et je marche, Alice débite des paroles à toute allure quand moi, je cherche mes mots… Je me demande souvent quelle impression doit être la sienne au milieu d'adultes si paresseux, si flegmatiques, tels des menhirs impossibles à mouvoir. Est-ce qu'elle pense habiter le même monde ? Ou appartenir à une espèce différente, au tempo accéléré ?

Cela m'évoque une émission écoutée naguère sur France Culture, et consacrée… aux chants d'oiseaux. Au cours de l'émission, des extraits de chants étaient diffusés, tantôt à vitesse normale, tantôt ralentis. On s'apercevait ainsi que l'oreille humaine n'entend qu'une note là où l'oiseau en produit de très nombreuses ! Un phénomène évoqué dans le texte suivant, extrait de cet article :

  • L'oiseau est une petite boule de plume qui ne pèse parfois que quelques grammes, mais qui vit à une autre échelle de temps que nous. Sa température interne est de 41 degrés ou plus, et il peut sans moteur voler à 100 km/heure, il émet ou entend 400 sons seconde, etc. C'est pourquoi on a pu faire des découvertes musicales en... ralentissant certains chants qui, pour notre oreille, n'étaient qu'une bouillie infâme de sons suraigus. Certains oiseaux émettent jusqu'à 40.000 Hz, il faut donc ralentir plusieurs fois pour arriver à entendre toutes les fréquences émises, et on s'aperçoit alors que la bouillie sonore devient une structure rythmique et mélodique organisée, souvent très belle. Plusieurs spécialistes, musiciens à l'origine, ont étudié les chants d'oiseaux au ralenti, notamment Peter Szoke en Hongrie.

A bon entendeur... Il existe aussi un CD audio, Drôles d'Oiseaux proposant, outre des chants d'oiseaux à vitesse normale, trente-neuf chants ralentis (deux ou quatre fois).

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La couverture du CD Drôles d'oiseaux

Alice me fait l'effet de cet oiseau rapide dont mes yeux de vieil ours ne peuvent seulement suivre le vol !

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08 mars 2007

Réponse du potager à la potagère

Bonjour,

Une amie, Murielle, souhaitait déposer un commentaire avec photos pour mon billet intitulé " Mangez des carottes ! ". Cette opération n'étant pas possible, elle m'a envoyé un courriel comportant lesdits clichés. J'ai décidé de partager cette jolie contribution à ma réflexion diététique. Son message :

" Voici peut être une autre idée pour faire manger des légumes aux enfants !

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"
Appétissante idée !

Tous les enfants — en tout cas, tous ceux de ma génération et de plusieurs qui l'ont précédée — connaissent le conte des frères Grimm, Hänsel et Gretel, où il est question d'une maison bâtie en pain d'épices, en sucre et en biscuits qu'habite une méchante sorcière dévorant les enfants égarés. Voilà, peut-être, une leçon destinée aux gourmands. Je ne l'ai guère écoutée… Aujourd'hui encore, je continue de rêver d'un paysage entièrement comestible, avec une herbe en pâte d'amandes, des arbres en nougatine, des ruisseaux de sirop et des sources de Salvetat où l'on boirait pour faciliter la digestion du reste (coquetterie personnelle). Je songe à des buissons barbes à papas, à des câbles électriques en sucre filé, à des meules de meringue ou des éoliennes taillées dans ce curieux fruit étoilé nommé carambole.

Hansel

Illustration de Kay Nielsen pour Hansel et Gretel par les frères Grimm.
In Fleur de Neige et autres contes de Grimm. Paris, L'édition d'art Henri Piazza, 1929 (30,1 x 23,2 cm)

Malheureusement, nos campagnes modernes sont tout sauf friandes pour les citadins qui les arpentent. Enfant déjà, on m'avertissait de ne pas consommer les baies à ras de sol, sur lesquelles les renards avaient peut-être uriné ; on me dissuadait de ramasser des champignons, ces traîtres végétaux chez qui les faux amis abondent — ainsi le cèpe vrai qui possède un jumeau indigeste, le bolet du diable (boletus satanas). Maints fruits étaient suspects, donc interdits de cueillette. Et ceux qui à l'évidence, n'exposaient qu'à la gourmandise — pommes, poires ou framboises — devaient de toute façon être lavés avant qu'on y morde, sinon fouillés pour en chasser les vers et autres parasites qui les infestaient. A condition, pour finir, que l'arbre n'appartînt à personne et qu'aucun paysan ombrageux ne s'en réservât le produit !

Depuis, les choses n'ont fait qu'empirer. La pollution, les pesticides, bientôt le désordre génétique multiplient les pièges que la nature nous tend. Ses tentations peuvent être mortelles. Il n'était pas sûr, il devient risqué de détacher un fruit de l'arbre pour le porter directement à la bouche. Comme beaucoup d'enfants des villes, j'ai été élevé dans une certaine méfiance envers la campagne vénéneuse, bourdonnante de frelons (désormais asiatiques). Elle ne relève plus, hélas ! d'un scrupule exagéré.

Mais tout cela, je ne le dirai pas à ma fille qui doit manger ses carottes !

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07 mars 2007

ANNA PERENNA !

Chers amis,

Notre début d'année a été assez dense, en raison surtout d'un déménagement à Bordeaux qu'il faut préparer — voilà pourquoi nous avons excédé, de beaucoup, le terme généralement admis pour l'envoi des cartes de vœux (31 janvier).
Le nouvel an chinois, fêté fin février, nous fournissait l'occasion d'un " rattrapage " mais nous avons manqué aussi cette échéance.
C'est donc en mémoire du nouvel an romain, célébré jadis le 15 mars (première lune du premier mois), que nous vous adressons nos vœux. Voilà une coutume qu'il est bon d'éveiller et d'étendre : n'est-il pas plus naturel de situer le tournant de l'année au moment du retour du printemps, du regain de la végétation, de la montée de sève ? Quand tout éclôt et reverdit ?
Pour ma part, cette date du 31 décembre m'a toujours paru fade et arbitraire.
Et si nous fondions une association pour la réforme du calendrier ? Ne serait-ce pas très écologique ?
A la façon des Romains d'autrefois, nous vous disons donc : ANNA PERENNA ! (" bonne année et que cela dure !")
… autrement dit, nous vous souhaitons une année 2007 féconde et luxuriante !!!!!!!!
La mode n'est pas au latin, de récents déboires nous l'ont prouvé, mais il est bon parfois d'épousseter les langues mortes.
Nous vous embrassons bien fort !

L'auteur et les siens

Carte_v_ux_2007

Nota bene : certains d'entre vous seront peut-être curieux d'apprendre comment cette carte végétale a été réalisée, sachant que son créateur n'a aucun talent pour le graphisme. Il s'agit d'une combinaison presque aléatoire de brosses Photoshop à motifs de plantes ou de fleurs que vous pouvez télécharger à cette adresse. Je les ai utilisées également pour le bandeau de mon blog.

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