volubilis

Le blog littéraire, hédoniste et jardinier d'un écrivain, Olivier Bleys.

16 novembre 2008

Parenthèse jazzy

Chers amis,

Petite parenthèse dans mon séjour néo-zélandais !
L'entretien suivant devait paraître l'année prochaine dans une publication spécialisée, consacrée au jazz. Il ne sera pas publié pour des raisons de cadrage éditorial. Vous serez donc ses seuls lecteurs. Je vous suggère de cliquer sur les nombreux liens inclus dans cette page (artistes, enregistrements…), une façon de parcourir ma discothèque personnelle.

La rencontre avec le jazz ? quand ? comment ? qui ?

Si je ne craignais d'être antipathique aux lecteurs de ce journal, j'écrirais que cette rencontre… se conjugue au futur. A l'inverse de beaucoup d'écrivains qui vouent une passion au jazz, voire même s'identifient à lui, je n'ai senti ni sympathie, ni ferveur pour les premiers disques que j'ai écoutés. Le tout premier, c'était je crois " Time out " du Dave Brubeck Quartet.

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Dave Brubeck

En rien une nouveauté : le disque vinyle appartenait à mes parents qui l'avaient acheté à sa sortie, près de vingt ans auparavant ! J'ai apprécié l'invention rythmique, le sens mélodique, la maîtrise du jeu… mais je n'ai pas connu cette émotion que me procuraient, à la même époque, des pièces classiques comme le concerto n°2 de Rachmaninov ou des succès populaires comme les airs de West Side Story.

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Rachmaninov, le grand post-romantique russe

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West Side Story, l'une des comédies musicales qui ont marqué mon adolescence

Je dois avouer qu'ensemble le pays du jazz (les Etats-Unis), l'époque de son avènement populaire (les années 50), le genre littéraire qui s'y rattache (le polar) et les attitudes ou objets qui lui sont souvent associés (whisky, cigarette, nuit close, flegme et clair-obscur) sont étrangers à mon univers. Je n'appartiens pas à la famille des écrivains alcoolisés qui fréquentent les clubs exigus à une heure tardive. Je ne lis pas de polar et, quoique grand voyageur, n'ai jamais mis les pieds aux Etats-Unis. S'ajoute à ce différend fondamental un apprentissage chaotique du piano qui m'a fait désirer, affronter pour enfin rejeter les standards de jazz, leurs grilles en apparence si dépouillées — en réalité si difficiles.
Il est probable enfin que ma génération, celle des années 70, n'entretienne pas avec le jazz la relation qu'ont pu avoir les générations aînées. Le jazz n'est ni la musique de ma jeunesse, ni la musique de mon enfance. Il vient d'ailleurs.

Les émois jazzistiques forts ? Tes musiciens de jazz préférés ? Tes disques de jazz préférés ?

Ma discothèque n'est pas très fournie en disques de jazz, mais je les écoute souvent. Rien ne m'indispose comme un disque, un livre entré en ma possession par hasard et auquel ne m'attachent ni le goût ni l'intérêt. C'est un intrus et je m'en débarrasse aussitôt — couramment, je le glisse dans la boîte aux lettres d'un voisin pour le remettre en circulation. Qu'il me suffise donc de citer quelques disques de ma collection : ceux de Michel Pettruciani (Oracle's destiny surtout), de Baptiste Trotignon (Solo), de Fred Pallem (Le Sacre du Tympan), de Bernard Lubat (Scatrap jazzcogne), de Bud Powell (anthologie Blue Note), de Weather Report (Heavy weather) ou encore de Thelonious Monk (Round Midnight) — un pianiste déluré et virtuose, que je rapproche intuitivement du Canadien Glenn Gould.

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Michel Pettruciani

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Le jeune Baptiste Trotignon

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Fred Pallem et une partie de son " band "

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Le génial Bernard Lubat

BudPowell

Bud Powell

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Le groupe Weather Report ; à droite son célèbre bassiste, Jaco Pastorius

Monk

Monk en sorcier vaudou

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Glenn Gould

J'ai une certaine sympathie aussi pour le jazz vocal, celui par exemple de Double Six ou de Manhattan Transfer, même si le jeu scénique de ces ensembles me paraît souvent outré, à l'opposé des chorales classiques, dignes et figées. On découvre en visionnant les concerts de Manhattan Transfer, par exemple, qu'une certaine époque tolérait costumes blancs, lunettes géantes et cravates désassorties, un spectacle qui aujourd'hui prêterait à rire.

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Double six

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Manhattan Transfer

Ce simple échantillon démontre, à l'évidence, que je ne m'y connais pas beaucoup. C'est en effet selon ma sensibilité, et non selon une juste appréciation des talents et des mérites que j'ai constitué ma discothèque jazz. Je suis cet ingénu qui pousse, une fois l'an, la porte d'un magasin spécialisé et s'adresse en rougissant au vendeur pour avoir son conseil ; ou bien cet autre qui écoutant la radio note, à la volée, les titres des morceaux qui le font battre du pied.

D'ailleurs, je continue d'éprouver à l'égard de certains monuments du jazz, Charlie Parker entre autres, une perplexité profonde. Il faut qu'une musique me parle au cœur pour tenter l'oreille. Je ne peux admirer une œuvre seulement parce qu'elle fait unanimité, qu'elle est objectivement supérieure et qu'elle a marqué son temps. Voici, d'ailleurs, pour me fâcher avec presque tous vos lecteurs : Miles Davis me barbe. Pour l'ignorant que je suis, il est plus facile d'exclure que d'accueillir. Ainsi, j'avoue sans honte ne pas m'intéresser au free-jazz, ce jazz bavard, technique, inutilement virtuose, qui a banni l'émotion et parfois la dédaigne. Certaines prouesses du free-jazz sont à mes yeux l'affaire de super-calculateurs plutôt que d'êtres humains. Il en va ainsi d'un certain art contemporain.

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Miles Davis

Des souvenirs de concert ?

Non, aucun. J'ai assisté à très peu de concerts de jazz. Je sais que beaucoup d'amateurs prisent la musique vivante, la musique en chair et en notes, jouée sous leurs yeux. Pas moi. Il y a sans doute des arguments acoustiques et sensibles en faveur de la prestation directe, je ne les connais pas. Pour ma part, je me suffis d'un enregistrement de qualité et tolère même sa compression pour qu'il soit diffusé dans mon lecteur MP3. Ajoutons que le jazz habite souvent des lieux où je ne suis pas à l'aise : les caveaux enterrés (je déteste être à l'étroit), les salons de grands hôtels (trop impersonnels à mon goût).

C'est sur la scène des festivals d'été, donc dans un certain déploiement d'artistes et de décibels, que le jazz prend à mes yeux sa vraie dimension ; ou au contraire, lorsqu'un musicien se produit seul, en tête-à-tête avec son instrument. Moi le pianiste éternellement débutant, j'ai toujours envié les pianistes de bar qui peuvent s'asseoir à un clavier et dérouler des thèmes à l'infini, comme on bavarderait, sans paraître fournir aucun effort, affectant même un ennui de bon ton. Si je n'avais pas embrassé la carrière d'écrivain, devenir pianiste de bar m'aurait plu — sinon diplomate ou aviateur. Mais il aurait fallu pour cela que je m'astreigne aux gammes, aux exercices, à la répétition. Cette discipline nécessaire m'a toujours fait défaut.

Quelle est la place de la musique en général, et du jazz en particulier, dans ta vie ? Et du silence ?

La place de la musique est énorme. C'est celle d'une autre vocation possible. Autant mes écrits m'ont valu parfois de compliments, autant mes compositions laissent ordinairement indifférent. C'est donc l'endroit de la blessure, le lieu de la faille. Je voue une véritable admiration aux musiciens. Les approchant, il me semble entrer dans l'ombre de colosses, de demi-dieux. Même un guitariste de rue me fait cet effet. Malgré tous mes efforts, je n'ai jamais pu apprivoiser le langage musical ni déchiffrer une partition difficile. Aussi, quand je vois des musiciens aguerris manier ce jargon de points et de traits comme un langage naturel, ou des compositeurs s'exclamer devant une partition muette qu'ils entendent intérieurement, j'ai le souffle coupé.

La fascination que j'éprouve pour eux se mêle, s'agissant des musiciennes, d'un attendrissement presque sentimental.
Le moment est venu de rapporter une petite histoire. Voici bien longtemps, j'étais persuadé qu'il me fallait une compagne musicienne, précisément violoncelliste. En toute naïveté (je n'avais pas vingt ans), j'étais allé à la bibliothèque municipale pour consulter tous les disques de violoncelle et j'ai fait mon choix parmi les interprètes dont le portrait illustrait la couverture. L'heureuse élue s'appelait Anne Gastinel, devenue depuis une célébrité. Je lui ai écrit sous le prétexte de composer un roman autour du violoncelle, en réalité pour la séduire. Nous avons pris un verre dans un café de Lyon. Ça n'a pas marché, mais j'ai partagé la vie d'une autre violoncelliste, dix ans plus tard. Et bien sûr, je me suis aperçu que les musiciennes étaient des femmes comme les autres. Ce fut une petite déception.

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La violoncelliste Anne Gastinel

Quant au silence, il m'est nécessaire pour écrire. Je ne peux m'accommoder d'aucun bruit lorsque je suis à ma table de travail. Ecouter de la musique à coup sûr m'indisposerait. C'est très dommage, car je ne peux ménager d'espace suffisant à la musique, ni d'ailleurs à la radio qui reste pour moi son vecteur principal. Seule la conduite automobile m'offre de pleines heures d'écoute, mais là encore, je dois partager mon attention entre la route et le chant du transistor, or il n'est rien que je ne réprouve comme la musique de fond. Il m'a toujours semblé qu'assigner ce rôle d'arrière-plan à la musique, c'était la mépriser. En sa présence, il faut au contraire cesser tout mouvement, s'asseoir, ouvrir les oreilles et fermer les yeux. Ces conditions, hélas, sont rarement réunies.

Ecoutes-tu de la musique, du jazz, en écrivain ?

Non, c'est l'inverse, j'écris en musicien (contrarié, donc). Je suis très attentif à la prosodie : le rythme et la mélodie des mots. Souvent, je porte plus d'attention à la sonorité d'une phrase qu'à son sens. Je crois savoir par avance comment elle finira, quelle syllabe est à mettre en dernier — telle une rime. Je n'ai jamais composé de poèmes (si l'on excepte quelques brouillons adolescents) mais ma prose s'inspire de la poésie classique. Il m'arrive de lire certaines pages à voix haute pour entendre comment cela " sonne ", indépendamment du contenu. Je me situe alors dans la lignée de ces écrivains laborieux à qui le fond ne suffit pas, qui veulent aussi la forme et l'élaborent longuement. Flaubert et son " gueuloir " (évoqué sur ce site) est un modèle. On parle de la proximité de la poésie avec la peinture, mais du roman avec la musique. C'est très vrai. Je ne suis pas fâché avec le jazz. Mais je l'ai rencontré tard, comme ces amis que la vie vous propose à l'âge d'homme, alors qu'on croyait les avoir tous réunis, et qui soudain raniment en vous le goût de l'aventure et de la nouveauté. Le jazz pour moi est neuf, et c'est tant mieux.

Posté par cassiel à 23:56 - Musique - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 décembre 2007

Plus d'une corde à sa lyre ?

Chers amis,

Lorsque j’avais la vingtaine d’années, la question s’est posée pour moi de me consacrer exclusivement à la musique plutôt qu’à la littérature. Le bon accueil de mes premiers manuscrits, et sans doute un talent inégal m’en ont dissuadé. Toutefois, la tentation demeure. J’apprends aujourd’hui le piano, que j’ai longtemps pratiqué sans pouvoir déchiffrer une partition. Je m’initie aussi à la clarinette. Et depuis peu, je cherche d’autres musiciens avec qui mettre au point des compositions originales.
Si vous êtes curieux d’entendre mes créations musicales des années 90, avec toute l’indulgence nécessaire (surtout pour les paroles, assez niaises), voici une page Myspace qui leur est consacrée :

http://www.myspace.com/volubilismusique

Il s’agit d’un medley de différents morceaux, instrumentaux ou non. Quand la voix s’ajoute, c’est celle d’un ami depuis perdu de vue, Marc-Étienne Didier.
Seuls les compliments sont bienvenus. Les critiques, je me les adresse moi-même !

Olivier_musique_1

Votre serviteur, du temps de sa jeunesse mélomane

Olivier_musique_2

Autre photo de la même époque. J'étais alors un auditeur fidèle, c'est-à-dire quotidien de Prince.
Le manteau en ailes de chauve-souris vient de chez Sakaï, couturier japonais alors très audacieux installé près des Halles.

Posté par cassiel à 10:51 - Musique - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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