volubilis

Le blog littéraire, hédoniste et jardinier d'un écrivain, Olivier Bleys.

29 mai 2007

Conversation automnale

Chers amis,

Hier, fraîcheur et pluie sur la capitale.
C'est sans doute ce qui a inspiré cette réflexion à ma fille :

    " Papa, t'es un peu vieux mais t'es pas mort quand même. "

Question angoissée du père, qui bombe le torse :

    " Pourquoi tu me trouves vieux ? "

Réponse posée de ma fille, après un instant de réflexion :
   
    " T'as de vieux yeux. Ils ont pas le même bleu que nous. "


Nous désignant, bien sûr, Alice et sa maman…
Me voilà mûr pour la crise de la quarantaine !

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04 mai 2007

Par Toutatis !

Alice rentre en courant du jardin ensoleillé :

" Papa, je rentre à la maison avant que la nuit me tombe dessus ! "

Ses ancêtres, à n'en pas douter, étaient de sang gaulois…

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26 avril 2007

Collection printanière

En avril, ne te découvre pas d'un fil, tombe plutôt la chemise. Vingt-huit degrés annoncés en région parisienne, ce vendredi après-midi. Claude Allègre est-il bien fondé à nier le réchauffement climatique, après avoir nié les risques de l'amiante ? Il est vrai que notre ancien ministre de l'Education nationale n'est pas membre seulement de l'Académie des sciences française, mais aussi d'une institution équivalente… aux Etats-Unis.

Les normales saisonnières n'ont plus rien de normales, puisque les températures relevées se situent toujours au-dessous ou au-dessus. Ce sont au mieux des moyennes. Qu'importe, la fièvre du thermomètre a du bon. Elle nous a permis d'improviser, hier midi, un pique-nique au parc de la Villette à Paris.

Tandis qu'Alice et moi, en tenue estivale, piochions dans un cornet de frites tels des mécréants d'Occidentaux, une mère et sa fille, toutes deux vêtues d'un tchador noir — mais celui de la plus jeune enrichi de broderies, coquetterie bizarrement tolérée — traversent la place sous nos yeux.

Alice pointe du doigt les passantes et s'écrie :

" Regarde les dames, papa ! Elles sont déguisées ! "

Je ne l'ai pas corrigée. D'une part, parce qu'il aurait été long d'exposer les codes vestimentaires des différentes religions ; d'autre part, parce que je discernais dans sa remarque un fond de vérité. Le dictionnaire définit le " déguisement " comme une façon de " vêtir quelqu'un pour le rendre méconnaissable ". C'est bien à cela qu'aboutit le port du voile : rendre celles qui les portent méconnaissables, puisque rien ne transparaît de leur aspect physique — ni la couleur de leurs yeux, ni la longueur et le teint de leurs cheveux — et que la silhouette même est effacée.

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22 avril 2007

Faux en écriture

Âgée de trois ans, Alice considère les lettres comme des dessins d'un genre particulier. C'est pourquoi l'écrivain n'est à ses yeux qu'un dessinateur spécialisé.
Elle a forgé ce matin le mot :

" écrivateur "

… pour exprimer cette idée. Vous l'aurez compris, ce néologisme enfantin marie " écrivain " et " dessinateur ". Intéressant, non ?

Parmi nos candidats à la présidentielle, il en est un qui devrait prendre des leçons d'écrivature, c'est François Bayrou. Le prospectus UDF glissé dans l'enveloppe électorale comporte en effet deux textes écrits à la main… qui, précisément, ne le sont pas. Examinez-les de près, observez en particulier comment sont formés les " m " : il s'agit d'une fonte de caractères imitant l'écriture scripturale mais, en réalité, générée par ordinateur.
L'écriture de Bayrou est-elle si peu lisible qu'on n'a pas pu numériser un texte de sa main ? Espèce d'écrivateur, va !

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18 avril 2007

Premières lettres

Chers amis,

Cet après-midi, ma fille et moi, passagers du même vélo, longions un mur couvert de graffitis quand Alice s'est écriée :

" Regarde, papa ! Les gens écrivent sur les murs parce qu'ils n'ont pas de papier ! "

J'ai hésité à la corriger. Est-ce qu'elle n'a pas raison ?


velo

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11 mars 2007

Nos petits oiseaux

Parmi les outils mis à ma disposition par l'éditeur de ce blog, l'un des plus utiles est le classement des messages par catégories, qui permet d'extraire de mes contributions celles qui rencontrent votre intérêt. Or, depuis que je tiens ce journal en ligne, il est manifeste que la catégorie " mots de ma fille " l'emporte sur les autres, en quantité sinon en qualité. Cela s'explique aisément :

  • Alice, ma fille, est un moulin à paroles. Pourvu qu'elle soit en confiance, elle ne laisse le dernier mot à personne, et répète ses questions aussi longtemps qu'elles n'ont pas reçu de réponse ;

  • Alice partage avec les autres enfants de son âge ce génie de l'improvisation qui faisait dire méchamment à Cocteau : " tous les enfants ont du génie, sauf Minou Drouet ". Minou Drouet, si vous l'ignorez, est une fillette rendue célèbre dans les années 1950 par des recueils de vers assez conventionnels mais joliment tournés. Vous pouvez lire ici sa biographie et un article de Paris-Match qui lui fut consacré à l'époque.

Minou

Ce n'est pas ma fille, c'est Minou Drouet

Il me suffit donc, papa fainéant, d'écouter ma fille un stylo à la main pour recueillir la matière d'une nouvelle chronique. C'est ce que j'ai fait lors du dernier week-end, passé à Bordeaux, au cours duquel j'ai relevé :

" Papa, j'ai pondu mes œufs " > je n'ai pu percer le sens de cette affirmation, qui n'a rien de scatologique ;
" Papa, le vent me secoue comme une cloche" > de fait, il ventait fort sur la plage ;
" Papa, quand j'étais petite, j'étais la sœur de maman " >Alice étant aujourd'hui fille unique, il n'est pas aisé de lui faire entendre ce qu'est un frère ou une sœur. Si vous insistez un peu, elle est d'ailleurs toute disposée à devenir votre sœur, voire votre frère.

Plus on prend de l'âge, plus on ralentit : voilà ce qu'un trentenaire découvre en présence d'une petite fille de trois ans. Alice court et je marche, Alice débite des paroles à toute allure quand moi, je cherche mes mots… Je me demande souvent quelle impression doit être la sienne au milieu d'adultes si paresseux, si flegmatiques, tels des menhirs impossibles à mouvoir. Est-ce qu'elle pense habiter le même monde ? Ou appartenir à une espèce différente, au tempo accéléré ?

Cela m'évoque une émission écoutée naguère sur France Culture, et consacrée… aux chants d'oiseaux. Au cours de l'émission, des extraits de chants étaient diffusés, tantôt à vitesse normale, tantôt ralentis. On s'apercevait ainsi que l'oreille humaine n'entend qu'une note là où l'oiseau en produit de très nombreuses ! Un phénomène évoqué dans le texte suivant, extrait de cet article :

  • L'oiseau est une petite boule de plume qui ne pèse parfois que quelques grammes, mais qui vit à une autre échelle de temps que nous. Sa température interne est de 41 degrés ou plus, et il peut sans moteur voler à 100 km/heure, il émet ou entend 400 sons seconde, etc. C'est pourquoi on a pu faire des découvertes musicales en... ralentissant certains chants qui, pour notre oreille, n'étaient qu'une bouillie infâme de sons suraigus. Certains oiseaux émettent jusqu'à 40.000 Hz, il faut donc ralentir plusieurs fois pour arriver à entendre toutes les fréquences émises, et on s'aperçoit alors que la bouillie sonore devient une structure rythmique et mélodique organisée, souvent très belle. Plusieurs spécialistes, musiciens à l'origine, ont étudié les chants d'oiseaux au ralenti, notamment Peter Szoke en Hongrie.

A bon entendeur... Il existe aussi un CD audio, Drôles d'Oiseaux proposant, outre des chants d'oiseaux à vitesse normale, trente-neuf chants ralentis (deux ou quatre fois).

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La couverture du CD Drôles d'oiseaux

Alice me fait l'effet de cet oiseau rapide dont mes yeux de vieil ours ne peuvent seulement suivre le vol !

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08 mars 2007

Réponse du potager à la potagère

Bonjour,

Une amie, Murielle, souhaitait déposer un commentaire avec photos pour mon billet intitulé " Mangez des carottes ! ". Cette opération n'étant pas possible, elle m'a envoyé un courriel comportant lesdits clichés. J'ai décidé de partager cette jolie contribution à ma réflexion diététique. Son message :

" Voici peut être une autre idée pour faire manger des légumes aux enfants !

pasteque1_grd

mouton2_grd

"
Appétissante idée !

Tous les enfants — en tout cas, tous ceux de ma génération et de plusieurs qui l'ont précédée — connaissent le conte des frères Grimm, Hänsel et Gretel, où il est question d'une maison bâtie en pain d'épices, en sucre et en biscuits qu'habite une méchante sorcière dévorant les enfants égarés. Voilà, peut-être, une leçon destinée aux gourmands. Je ne l'ai guère écoutée… Aujourd'hui encore, je continue de rêver d'un paysage entièrement comestible, avec une herbe en pâte d'amandes, des arbres en nougatine, des ruisseaux de sirop et des sources de Salvetat où l'on boirait pour faciliter la digestion du reste (coquetterie personnelle). Je songe à des buissons barbes à papas, à des câbles électriques en sucre filé, à des meules de meringue ou des éoliennes taillées dans ce curieux fruit étoilé nommé carambole.

Hansel

Illustration de Kay Nielsen pour Hansel et Gretel par les frères Grimm.
In Fleur de Neige et autres contes de Grimm. Paris, L'édition d'art Henri Piazza, 1929 (30,1 x 23,2 cm)

Malheureusement, nos campagnes modernes sont tout sauf friandes pour les citadins qui les arpentent. Enfant déjà, on m'avertissait de ne pas consommer les baies à ras de sol, sur lesquelles les renards avaient peut-être uriné ; on me dissuadait de ramasser des champignons, ces traîtres végétaux chez qui les faux amis abondent — ainsi le cèpe vrai qui possède un jumeau indigeste, le bolet du diable (boletus satanas). Maints fruits étaient suspects, donc interdits de cueillette. Et ceux qui à l'évidence, n'exposaient qu'à la gourmandise — pommes, poires ou framboises — devaient de toute façon être lavés avant qu'on y morde, sinon fouillés pour en chasser les vers et autres parasites qui les infestaient. A condition, pour finir, que l'arbre n'appartînt à personne et qu'aucun paysan ombrageux ne s'en réservât le produit !

Depuis, les choses n'ont fait qu'empirer. La pollution, les pesticides, bientôt le désordre génétique multiplient les pièges que la nature nous tend. Ses tentations peuvent être mortelles. Il n'était pas sûr, il devient risqué de détacher un fruit de l'arbre pour le porter directement à la bouche. Comme beaucoup d'enfants des villes, j'ai été élevé dans une certaine méfiance envers la campagne vénéneuse, bourdonnante de frelons (désormais asiatiques). Elle ne relève plus, hélas ! d'un scrupule exagéré.

Mais tout cela, je ne le dirai pas à ma fille qui doit manger ses carottes !

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03 mars 2007

Mangez des carottes !

On accuse, à raison, l'éclairage urbain de raréfier les étoiles visibles à l'œil nu dans le ciel des villes. Quelques-unes, les plus brillantes, percent néanmoins. Un matin, ma fille a remarqué l'étoile du berger qui montait à l'orient et, la pointant du doigt, a déclaré :

" Depuis que je mange des carottes, je vois mieux les étoiles ! "

Cela mérite une courte explication. Pour inciter notre fille à manger des légumes, et singulièrement des carottes, nous avons inventé un petit jeu domestique : alors qu'elle est assise, boudeuse, devant son assiette, refusant de manger, nous lui proposons de prendre une seule bouchée et d'observer le résultat sur son acuité visuelle. Elle obéit, par curiosité. Alors, je me recule très loin dans la pièce et désigne un détail minuscule de ma personne (par exemple, un bouton sur ma veste, l'ongle de mon petit doigt…) en lui demandant si elle le voit. Elle répond " oui " et nous nous extasions sur l'effet magique des carottes. Il suffit de répéter la manœuvre deux ou trois fois, en s'éloignant chaque fois de quelques pas, et notre fille ne fait plus d'histoire pour avaler son plat…
Essayez avec vos enfants, si vous en avez, et faites-nous part des résultats !

Une autre méthode pour familiariser votre enfant avec les délices du potager consiste à lui proposer un " doudou légume " dans ce genre-là :

doudou_carotte_geante_gd

Les carottes, c'est bon aussi pour les grands. Bon appétit !

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21 février 2007

Un ballon au carré

C'était aujourd'hui notre première sortie au jardin. Assez effrontément je l'avoue, j'ai déplié une chaise longue pour tenter le printemps. Ma fille courait de-ci de-là, malgré son manteau d'hiver peu commode. Elle saisit un ballon et s'écrie :

" Papa, je voudrais bien jouer au football, mais ma raquette est sale ! "

J'étais partagé entre le devoir de la corriger et la jouissance d'apprendre qu'elle était si mal informée des choses du football — contrairement à nos voisins.
Ce n'est pas une pensée très honorable, mais je l'ai eue.

Posté par cassiel à 21:29 - Mots de ma fille - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 février 2007

Elle a bien raison

Aujourd'hui, ma fille (trois ans et demi) a dit :

" Papa, toi tu es amoureux avec maman ! (une pause) Et moi, je suis amoureuse avec les autres enfants ! "

Posté par cassiel à 18:44 - Mots de ma fille - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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