20 novembre 2007
Verts de peur
Chers amis,
A moins d'être un disciple ébloui de Claude Allègre, vous devez partager avec moi une certaine conscience écologique, et la préoccupation de notre fragile planète.
Peut-être avez-vous applaudi à l'initiative du Grenelle de l'environnement, saluée par la plupart des associations écologistes et plusieurs personnalités " vertes " comme Nicolas Hulot ?
Hélas ! Il vous faut peut-être déchanter et ramener à leur juste mesure, dérisoire, les annonces faites à l'issue de ce grand — et coûteux — rassemblement. Vous comprendrez pourquoi en lisant cet extrait de la lettre électronique diffusée par l'ancienne émission Arrêt sur images, qui survit sur la toile après avoir été privée d'antenne :
" La taxe-carbone ? Oui, mais à condition d'une « remise à plat de la fiscalité », autant dire à la Saint-Glinglin.
Une taxe sur la circulation des poids lourds ? Oui, sauf sur... les autoroutes !
L'arrêt des constructions d'autoroute ? Oui, sauf « cas d'intérêt local ». "
Bref, rien n'a été décidé et rien ne se fera. On se demande si les politiciens ne dépenseraient pas moins d'énergie à réformer pour de bon qu'à élaborer des façons toujours plus ingénieuses de nous berner.
En matière d'écologie, les sociétés privées ont une longueur d'avance. J'en veux pour preuve cette excellente initiative de Yahoo ! qui, en créant une " plateforme verte de l'automobile " (le Green Center), a eu la bonne idée d'y inclure un service de covoiturage. C'est peut-être grâce à eux que je pourrai demain me rendre à Paris : deux automobilistes sont disposés à m'y conduire contre une participation modeste aux frais de voyage. Les cheminots ne peuvent pas en dire autant !
La page d'accueil du service covoiturage sur le Green Center de Yahoo !
Dans un registre plus gai, mais tout aussi écologique, admirez ci-après les peintures que des cornacs indonésiens font exécuter par… leurs éléphants. Les images, de mauvaise qualité, sont extraites d'une vidéo trouvée sur un forum. On y voit les pachydermes manier le pinceau dans une ambiance de kermesse touristique. Spectacle affligeant, peut-être, mais la performance n'en est pas moins étonnante ! Qu'en pensez-vous ?
24 avril 2007
Récital ailé
Chers amis,
Les oiseaux comme les humains ont leurs habitudes. J'ai repéré depuis longtemps celles du merle noir qui fréquente notre jardin : il a bâti son nid sous la gouttière de la maison voisine et se perche sur le fil électrique qui longe notre propriété — mais attention : pas n'importe où sur le fil, en un point déterminé, à l'aplomb juste de notre lilas. J'ai installé ma chaise-longue au même endroit pour pouvoir l'observer.
Le merle noir est réputé bon chanteur. Pour l'avoir écouté longuement, je peux dire que ce compliment est mérité. De ma vie, je n'ai entendu de chant aussi virtuose, aussi libre et délié. J'ai longtemps cru que l'oiseau visiteur de notre jardin appartenait à une espèce exotique, à laquelle le réchauffement de la planète permettait de séjourner chez nous.
Toutefois, le merle possède un rival amazonien : il s'agit du uirapuru.

Le uiraparu d'Amazonie
(d'autres photos le montrent avec un plumage gris-brun, assez terne ; il s'agit sans doute ici d'une livrée nuptiale)
Voilà ce qu'en dit le compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos, dans le feuilleton radiophonique Le vert paradis de Villa-Lobos, commandé par France Culture, dont je viens d'achever l'écriture :
" C’est un genre de passereau qui, au premier regard, n’a rien de remarquable. Avec sa livrée terne et son corps chétif, il fait piètre figure dans la gent ailée. Toutefois, on le prétend sans rival pour la grâce et l’harmonie de son chant, raison pour laquelle les Indiens l’ont divinisé. Je n’ai pu en juger moi-même, car ce drôle d’animal ne fait entendre sa voix qu’une ou deux semaines par an, pendant qu’il construit son nid. Sa musique est si pure que les autres oiseaux, à ce qu’il paraît, font silence pour l’écouter et s’en instruire. "
Alors, si vous vous aventurez un jour dans la forêt amazonienne, tendez l'oreille !
05 avril 2007
Lecture écologique
Chers amis,
Dimanche dernier, le 1er avril, notre petite famille répondait à l'appel de plusieurs associations écologistes et grossissait de trois nouvelles unités le vaste rassemblement organisé place du Trocadéro, à Paris, France, pour intimider les candidats à l'élection présidentielle.
J'avoue n'avoir aucune culture militante ; c'est pourquoi j'ignore la façon de me comporter dans ce genre de manifestation. Certes, il est utile de s'y rendre pour " faire nombre ". Mais une fois sur place, comment s'occuper ? Dans un défilé, au moins, on marche, on prend de l'exercice. Dans un rassemblement, sauf piocher un ou deux prospectus et mâcher une gaufre, il n'y a rien à faire.
Bref, nous nous sommes ennuyés.

La photo publiée par le magazine Le Point pour illustrer le grand rassemblement du Trocadéro.
Notez-le, le cadrage n'inclut que les " personnalités ". On ne voit pas la foule…
Or, ce qui fait la force d'une telle manifestation, ce n'est pas la présence d'Hulot et consorts, c'est celle des nombreux anonymes.
Voici un traitement " people " de l'information, aussi niais qu'insultant.
Quelques panneaux étaient dressés où les militants pouvaient inscrire leurs pensées écologiques grâce au feutre (vert) fourni. Puisque c'était le 1er avril, j'ai décidé d'introduire un peu d'humour dans ma dédicace. J'ai écrit :
" Stop au gâchis de papier. Ne lisez plus Marc Levy ! "
Je suis effaré du nombre de mes amis, la plupart cultivés, intelligents, instruits qui possèdent un ou plusieurs livre(s) de Marc Levy dans leur bibliothèque. Soyons clairs : j'abhorre le relativisme culturel, il faut distinguer de bons et de mauvais auteurs, des livres recommandables et d'autres à jeter. Marc Levy, c'est nul. Il n'y a pas à discuter.
Vous n'honorez pas l'espèce humaine quand vous ouvrez l'un de ses livres.Vous feriez mieux d'acheter La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, de Philippe Delerm, aux éditions de l'Arpenteur. Ce fut un gros succès de l'année 1997, mérité celui-ci. Je ne regrette pas l'arbre qu'on a abattu pour imprimer ces récits pleins de poésie et de délicatesse.
En me relisant le surlendemain de la rédaction de cette note, je me trouve un peu dur envers les lecteurs de Marc Levy qui, par définition, sont au moins des lecteurs. " Il n'y a pas de petit profit en matière de lecture ", écrivait j'ai oublié qui. Mais bon, un certain radicalisme ne nuit pas, dans la grisaille consensuelle que nous traversons.
19 février 2007
Nippon Tsunami
Vague à l’âme
Enfant, j’étais un spectateur ébloui des vagues, sans habiter pourtant une région littorale ni fréquenter la mer autrement que l’été, en vacances. Né à Lyon d’un père chasseur alpin, j’ai grandi au milieu des montagnes et ignoré, jusqu’à mon adolescence, les plaisirs de la voile et des sports nautiques. L’idée qu’on puisse s’éloigner des côtes jusqu’à les perdre de vue m’était absolument étrangère. Il n’empêche, je nourrissais pour les vagues, d’autant plus qu’elles étaient hautes, fortes et d’eau pleine — c’est-à-dire, sans ce froufrou d’écume qui entame à mes yeux leur pouvoir — un genre de fascination.
Je garde un souvenir précis d’un film états-unien diffusé à la télévision dans les années 1970, L’aventure du Poséidon, qui mettait en scène une vague gigantesque culbutant un paquebot de croisière. Parmi les rares tempêtes auxquelles j’ai assisté, celle déchaînée au large de la Corse durant l’été 1989, tandis que je campais sur la plage, m’a fait une forte impression : je suis resté plusieurs heures assis face aux vagues, espérant celle, plus grosse, qui éclabousserait la pointe de rocher sur laquelle j’étais installé. Enfin, je projette de me rendre un jour à Peahi, au nord de l'île de Maui, dans l’archipel d’Hawaï, pour admirer la déferlante de Jaws — de l’anglais « mâchoire » —, ces vagues de plus de vingt mètres qu’engendrent les grandes marées d’équinoxe.
À cause de sa géographie et de sa géologie particulières, le Japon figure parmi les pays les plus exposés au risque de tsunami, ces ondes océaniques engendrées par un séisme ou une éruption volcanique. Le terme lui-même appartient à la langue japonaise : c’est la combinaison de « tsu », le port ou le gué et de « nami », la vague. Il aurait été forgé par des pêcheurs rentrant d’une partie de mer, et découvrant leur port dévasté sans avoir rien constaté d’anormal au large.
Sous la vague au large de Kanagawa
Gravure sur bois polychrome de Katsushika Hokusai (vers 1831)
Le tsunami du 26 décembre 2004, qui a fait 222 046 victimes en Asie, a placé les raz-de-marée au cœur de l’actualité. Mais certains pays, dont le Japon, sont familiarisés depuis longtemps avec ses effets dévastateurs. L’histoire des îles nippones est jalonnée de tsunamis meurtriers frappant la côte est, ouverte sur l’océan Pacifique, et causant chaque fois d’importants dégâts.
Le tsunami d’Awa (Chiba) en 1703 – Estampe traditionnelle
Les archives japonaises dénombrent, au cours des quatre derniers siècles, onze tsunamis ayant fait plusieurs milliers de morts :
1605 : 5 000 victimes
1611 : 5 000 victimes
1703 : 5 000 victimes
1707 : 30 000 victimes
1766 : 1 500 victimes
1792 : 15 000 victimes
1854 : 3 000 victimes
1896 : 25 000 victimes
1923 : 2 000 victimes
1933 : 3 000 victimes
1960 : 1 500 victimes
La fréquence et la répétition du phénomène ont conduit de bonne heure la population japonaise à s’en prémunir. Il s’agissait, d’une part, d’éduquer les habitants pour qu’ils réagissent mieux et plus vite à l’arrivée des vagues ; d’autre part, d’adapter les habitations et les infrastructures (routes, ponts…) afin de limiter les dégâts matériels.
L’essor des technologies, au cours du vingtième siècle, a permis de réduire notablement l’impact des tsunamis et, dans une moindre mesure, d’améliorer leur prévision. Digues géantes jusqu’à cinq mètres de hauteur, brise-lames, barrages, canaux déversoirs, plantations en bord de mer (…) font office de bouclier contre les vagues ; guetteurs, systèmes d’alarmes automatisés, modèles informatiques (…) permettent leur détection.
La digue anti-tsunami de Tsu-shi, au Japon
Système de surveillance des tsunamis en temps réel
Toutefois, les signaux fournis par les animaux paraissent les plus fiables : lors du raz-de-marée de décembre 2004, des éléphants de Khao Lak, une localité de la sud de la Thaïlande, ont brisé leurs chaînes et fui vers les hauteurs, sauvant ainsi la vie de leurs cornacs et d’une dizaine de touristes.
Le Japon est aujourd’hui le pays le mieux armé contre les tsunamis. C’est le seul au monde à disposer d’un centre de recherches dédié à Yokosuka, dans la préfecture de Kanagawa : l’Institut Japonais de recherches portuaires et aéroportuaires a mis au point une « canalisation à large flux » capable de simuler des raz-de-marée. En outre, la plupart des ports nippons sur la côte Pacifique s’abritent derrière de hautes digues. Tout danger n’est pas écarté pour autant. Un tsunami majeur comme, à l’intérieur des terres, un séisme de grande magnitude demeurent imparables.
Des cloisons et des meubles sont balayés par une vague de 2.5 mètres de hauteur
générée par le simulateur de tsunami de l’Institut Japonais
de recherches portuaires et aéroportuaires de Yokosuka.
Un bateau échoué sur le quai après le tsunami qui a frappé l’île d’Hokkaido en 1993
Modélisation du tsunami de 1700,
déclenché par un tremblement de terre en Amérique du nord






















