21 décembre 2008
La solitude du voyageur
Chers amis,
Mon billet sur les îles Samoas n'était pas complet.
Il manquait quelques photos que le consul honoraire de France à Apia, Mme Zita Tago Martel, également responsable de l'agence touristique Polynesian Explorer, vient de me communiquer. Je vous laisse jeter un œil…

De gauche à droite : votre serviteur vêtu d'une veste québécoise, intolérable sous le climat tropical ;
S.A. Tupua Tamasese Tupuola Tufuga Efi, chef de l'Etat des Samoa ;
Son épouse ;
Zita Martel.
Lors du déjeuner qui précéda ;
En compagnie de Zita Martel, peu avant de reprendre l'avion.
Par ailleurs, vous lirez ci-après quelques réflexions sur la solitude du voyageur, griffonnées pendant mon périple dans l'île du nord de la Nouvelle-Zélande :
Je dois réfléchir
pourquoi voyageur seul m’est si intolérable, pourquoi les plaisirs d’un
voyage solitaire me semblent amputés, pourquoi je ressens moins ou mal
et n’ai enfin qu’une hâte : prendre le chemin du retour. Je n’ai jamais
cru aux figures vertueuses de la solitude. L’ermite, le saint homme
retranché dans sa grotte, le marcheur reclus chaque nuit dans une tente
étroite ou ce pauvre garçon que j’ai vu tout à l’heure, chevauchant un
vélo alourdi de bagages sont pour moi à plaindre. « Un homme seul est
toujours en mauvaise compagnie » : je puise dans cette phrase de Paul Valéry
une certitude profonde : sauf écrire, il ne m’est rien donné
d’accomplir dans la solitude. Au contraire, elle me grise et m’étiole. C'est au
point — mes amis vous le diront — que je ne peux ordinairement boire de
café ou savourer de dessert si mon partenaire de table n’épouse le même
choix.
Quelques pétales sur un banc samoan
La liberté dont j’ai joui pendant ce voyage paraîtra
enviable à beaucoup. Je disposais de mon temps, de mon itinéraire, d’un
véhicule confortable et d’assez d’argent pour déambuler à ma guise. Or,
dès le premier jour, il m’a semblé errer. La contingence des choses et
des faits m’est plus sensible, c’est certain, qu’à la moyenne des
êtres. Chaque matin, quittant le motel ou l’auberge de jeunesse au
volant de ma voiture, je ne voyais pas de raison d’aller ici plutôt que
là, de préférer la plage aux collines, le musée au parc ostréicole.
Cette question douloureuse, « à quoi bon ? » me saisissait à tout
instant. Elle savait ternir les plus beaux paysages et affadir même
l’exceptionnel.
Il ne faudrait pas que cet avertissement dérange votre
lecture de mes billets néo-zélandais, où rien n’en demeure. Cependant,
c’est décidé : je renoncerai à mon périple de février dans l’île du sud, pourtant
le plus prometteur, si je dois l’effectuer seul !
15 décembre 2008
Message des antipodes (7)
Chers amis,
Je croyais être parvenu au bout du monde mais j’ai repris l’avion quelques heures, vers le nord et vers l’équateur — désormais voisin, et me voici transporté du climat frais de la Nouvelle-Zélande vers celui tropical et embaumé des îles Samoas, d’un vieux cottage anglais vers un palace à piscine, et même, ayant franchi la ligne dite « du changement de date », du jour de mon départ… au précédent. J’ai décollé le 3 décembre, j’ai atterri le 2, à la nuit tombée, d’où cette impression d’un léger rajeunissement. Mais attention au coup de vieux, quand je franchirai la ligne dans l’autre sens !
Pour simplifier les formalités, j’ai caché au douanier que j’étais porteur d’un pli de l’ambassadeur de France pour le chef de l’État et que le motif de mon séjour n’était pas strictement touristique, malgré le collier de fleurs passé autour de mon cou à ma descente d’avion. Il ne m’en a pas moins longuement questionné, voulant connaître, en particulier, comment j’avais appris l’existence des îles Samoas, il est vrai peu fréquentées des touristes.

De jolies fleurs spiralées, photographiées dans les îles Samoas
La longue route depuis l’aéroport d’Apia, comme naguère depuis l’aéroport d’Antananarivo à Madagascar, m’a offert un premier aperçu nocturne du pays. Un coup d'œil d’ailleurs étrange : dans la nuit samoane défilaient non des maisons mais, eût-on dit, des préaux rectangulaires brillamment éclairés, dont des piliers en bois de couleurs soutenaient le toit. On voyait s’y dérouler des scènes du quotidien (famille réunie devant la télévision ou dînant agenouillée) et d’autres moins faciles à déchiffrer, peut-être des rituels ou des spectacles.
Pour un regard occidental, l’absence de murs c’est l’absence d’intimité. Aussi ces salons à l’air libre, pourvus parfois de fauteuils, de tables et d’armoires comme les nôtres mais, je le répète, sans le moindre rideau, sans la plus frêle paroi pour les soustraire à la vue des passants m’ont-ils fait grande impression.
Comme ce préau ouvert à tous les vents, nombre de maisons samoanes sont privées de murs
Les premiers jours du voyage sont favorables à l’observation de menus détails par lesquels se livre un peu du pays et de sa culture, et qui plus tard échapperont à notre attention. En voici quelques-uns, livrés pêle-mêle :
• la housse plastique qui couvre la banquette du minibus et l’empêche de pourrir sous le climat chaud ;
• l’habitude qu’ont certains Samoans de claquer leurs cuisses au lieu d’applaudir ;
• les colliers non seulement de fleurs fraîches, mais aussi de bonbons et de friandises qu’ils portent parfois…
… ou encore, dans ma chambre d’hôtel :
• la lenteur extrême du groom (bras mécanique) qui ferme la porte, laquelle pourrait inspirer aux mauvais plaisants une comparaison facile avec l’indolence des Pacifiques ;
• la sonnerie « anti-tsunamis » dont le même établissement est équipé ;
• l’étrange rencontre, dans le tiroir de ma table de chevet, d’une bible mormone et d’un manuel de business ;
• la décoration de Noël, insolite à telle latitude, etc.
Je comprends mal comment dans ce pays tropical — et déjà en
Nouvelle-Zélande, où leur été coïncide avec notre hiver, on peut fêter
Noël au même moment, mais surtout dans les mêmes formes que chez nous.
Le sapin, les guirlandes, le père Noël avec sa hotte et son épais
manteau fourré : rien ne manque au folklore familier, sauf donc le
froid et la neige, à mes yeux nécessaires.
Le sapin de l'hôtel Aggie Grey.
J'ai vu un petit enfant, ignorant que les cadeaux étaient factices, tenter discrètement d'ouvrir les paquets.
On se demande pourquoi le père Noël n’a pas été « tropicalisé » à l’instar des magnétoscopes et des télévisions d’importation, pourquoi on ne le voit pas, les reins ceints d’un paréo, surfer les vagues turquoises derrière un attelage de dauphins ou d’albatros. Bref, l’hôtel a beau revêtir sa décoration de Noël et les clients s’échanger de joyeux « Merry Christmas ! », je ne m’y crois pas du tout.

Piscine de l'hôtel Aggie Grey où j'étais logé
Le cadre, reconnaissons-le, n’incite pas au travail. On aurait tort cependant d’envier celles et ceux assez riches — ou dépensiers — pour séjourner ici des semaines. Triste vie que celle perdue à siroter des cocktails géants au bord de la piscine, sans mieux à faire que d’intermittentes séances de mots croisés ! Elle ne me convient guère.
L’un des aspects les moins plaisants du farniente hôtelier est d’être servi avec diligence et de ne pouvoir rien faire par soi-même. Tantôt, chez un haut personnage, dix domestiques au moins se pressaient autour de nous, s’agenouillaient pour verser le thé ou le café. En telles circonstances, l’usage du monde prescrit d'ignorer tout à fait les serviteurs, comme si vraiment ils n'existaient pas. Mais c’aurait été renier mes principes chrétiens, sur une île d’ailleurs peuplée d’églises. Je me suis entêté à dire merci : merci pour le café, merci pour la serviette, merci pour le sucre et le lait… Ici, on régale les invités de «scones» britanniques, de petits sandwichs à trois étages et parfois de fruits que la nature produit en abondance.

Papaye et bananes, parmi les fruits les plus communs de la région





Certaines des très nombreuses églises samoanes
J’ai goûté les meilleurs sandwichs chez le chef de l’État, avec qui j’ai eu, deux heures durant, une conversation en anglais sur le devenir possible de l’humanité. Mon hôte était brillant, mon fauteuil confortable et la vue sur la mer, dont le balcon de la résidence royale déployait le large horizon, vraiment splendide.
A noter que son Altesse, comme beaucoup de ses compatriotes, s’est montrée curieuse de mon statut matrimonial.
Les Néo-zélandais comme les Samoans portent beaucoup d’intérêt à la vie privée… des autres, s’entend. J’ai droit sur ce sujet à des questions aussi insistantes que celles posées par les États-Uniens sur l’argent. On veut savoir pourquoi je voyage seul, si j’ai une compagne et des enfants.
Samedi dernier, par exemple, un article sur moi paraît dans le Dominion Post, un quotidien néo-zélandais. L'article s'achève par ces mots (traduits) : " Le mauvais côté du séjour d'Olivier Bleys en Nouvelle-Zélande, c'est qu'il est éloigné de sa fille Alice, âgée de cinq ans. Ce devait être initialement un voyage familial, mais Olivier s'est séparé de sa femme avant de venir. Il en est donc réduit à clavarder sur Skype deux fois par semaine. " Incroyable ! L'article complet (en anglais) est disponible sous la rubrique " dans la presse ", colonne de droite ci-contre.
J’en ai pris mon parti et réponds désormais l’exacte vérité, laquelle je révèle ici pour le cas où des Pacifiques se trouveraient parmi mes lecteurs : je suis séparé depuis quelques mois, j’ai une petite fille âgée de cinq ans qui est une douceur, j’ai rencontré une nouvelle jeune femme mais ça n'est pas simple. Voilà pour les curieux !
09 décembre 2008
Message des antipodes (6)
Chers amis,
La superficie de la Nouvelle-Zélande égale la moitié de celle du territoire français. Mais le relief y est partout difficile et les routes, tournantes et peu commodes. A la campagne, on ne parcourt guère trois kilomètres sans rencontrer une section en travaux. Ce sont parfois des travaux d'envergure, justifiant la présence de feux alternés mais, le plus souvent, des réparations provisoires : des cantonniers en habit orange, armés de pelles et de râteaux, comblent les fondrières avec du gravier. Toutes les routes, du reste, ne sont pas goudronnées. Pour rejoindre la côte, atteindre une vallée isolée, on doit souvent emprunter des pistes caillouteuses. Ici, posséder un véhicule tout-terrain n'est pas superflu.
Sur les routes les moins fréquentées, mieux vaut s'armer de prudence !
Autre problème des routes néo-zélandaises : les animaux errants, échappés d'un pré voisin ou d'une basse-cour, et qui surgissent à l'improviste sous vos roues. Maints accidents, je suppose, pourraient être évités si les clôtures retenaient mieux le bétail qu'elles sont censé enclore…
Quelques animaux rencontrés sur la route — certains m'ont causé de belles frayeurs
Dans un pays où l'on se préoccupe tant de sécurité (safety) et où les hôteliers, quand vous leur téléphonez pour prendre une réservation, vous conseillent " drive safely ! " (conduisez prudemment ; " … car le paradis est complet " ajoutent les panneaux des îles Samoas), dans ce pays donc, il me semble impératif d'améliorer l'entretien des routes.
Pour ce qui est de la sécurité, la Nouvelle-Zélande n'est pas sans rappeler la Suisse. La devise de la police locale, rappelée ci-dessus, " Ensemble, une société plus sûre ", évoque le système de surveillance mutuelle, entre voisins, instauré dans nombre de quartiers néo-zélandais mais aussi helvètes.
Dans les centres villes, boire publiquement de l'alcool (et même, emporter une bouteille avec soi) est souvent prohibé.
On se préoccupe autant des incendies de forêt…
… que des vols de voitures. Jusque récemment, les Néo-Zélandais ne fermaient pas leur véhicule.
Mais c'est surtout à l'égard des risques naturels, en particulier des tremblements de terre que les Néo-Zélandais se montrent vigilants. Beaucoup d'espaces publics prévoient un " point de rassemblement " vers lequel converger en cas de catastrophe.
Le seul panneau relatif à des animaux dangereux que j'ai pu voir en Nouvelle-Zélande. Il s'agit… des cygnes noirs du lac Rotorua
Conduire en Nouvelle-Zélande n'est pas de tout repos. Cependant, ma vieille Audi s'est sortie vaillamment de toutes les situations.
Des lecteurs de ce blog m’avaient mis en garde contre la conduite à gauche, en vigueur ici comme en Australie ou en Grande-Bretagne. J’appréhendais beaucoup, moi aussi, de rouler de ce côté de la route, mais aussi de m’asseoir là où chez nous prend place le passager avant, avec le levier de vitesse à main gauche, les clignotants où sont habituellement les commandes d'essuie-glaces, etc. En réalité, on s'y fait assez bien.
On m'avait averti également des longues distances à parcourir, et du temps qu'il me faudrait passer au volant. De fait, j'ai bouclé mon tour de l'île du nord avec 3800 kms au compteur et, sur certains tronçons, un plein d'essence quotidien. Mais ce rallye automobile dont voici grossièrement retracé l'itinéraire :
… m'a permis de feuilleter climats et paysages dans la plus grande liberté, sans m'interdire de longues randonnées, des visites approfondies et l'écoute assidue des podcasts de France Culture. Se lever tôt (souvent avant six heures), se coucher de même — du reste comme beaucoup de Kiwis : telles étaient les conditions d'un voyage réussi. Ajoutons une pincée de chance, qui m'a assuré partout du beau temps ; les rares journées de pluie étant celles des longs parcours automobiles.
La Nouvelle-Zélande est renommée, avec raison, pour ses paysages. Ils sont splendides, en effet : des compositions majestueuses de roche, d'herbe crue, de sable noir et d'eau turquoise qui sont un enchantement pour le regard. La nature y ajoute son propre talent : des pins aux formes tourmentées, des genêts jaunes et odorants, des fougères en panache, des feuillages argentés… Certaines routes sont bordées d'herbe rouge - couleur aussi d'une algue qui prolifère dans les mares à moutons.
L'ensemble est vif, contrasté et offre, bien sûr, des occasions superbes au photographe. Vous trouverez dans la rubrique " albums photos " (colonne de droite, ci-contre en bas) 10 nouveaux albums photos, soit 323 clichés, offrant un aperçu assez large des paysages, des gens, des routes que j'ai rencontrés pendant ce périple dans l'île nord. Bon voyage !
01 décembre 2008
громадный !
Chers amis,
Dans l'attente de mon prochain billet néo-zélandais (je dois faire un tri parmi plus de 1000 photos, ça prend un peu de temps), une bonne nouvelle : mon dernier roman, Semper Augustus, dont l'édition poche a paru début octobre, va bénéficier d'une troisième traduction, en russe cette fois.
Je suis content de m'ouvrir, par le truchement des livres, une partie du monde que je n'ai pas encore explorée.
C'est le bon moment, puisqu'on fêtera en 2010 " l'année croisée France-Russie ".
La Russie m'a toujours attiré, et je me sens des affinités avec l'âme slave, son mélange d'exaltation et de mélancolie.
Ce grand pays produit d'ailleurs des caractères d'un puissant romanesque, et donne souvent aux vies l'ampleur de destins.
Connaissez-vous par exemple l'histoire d'Abraham Hanibal, " l'aïeul noir de Pouchkine " ? Le livre ci-dessous aiguisera peut-être votre curiosité. C'est l'étude de référence sur ce personnage énigmatique. On la doit à Dieudonné Gnammankou, aujourd'hui éditeur. Un film sera prochainement tiré de cette passionnante biographie.



































































