volubilis

Le blog littéraire, hédoniste et jardinier d'un écrivain, Olivier Bleys.

29 août 2007

Brève équinoxiale n° 12

Chers amis,

C'est ma dernière " brève équinoxiale ", et je l'écris traîtreusement d'un aéroport parisien où j'attends une correspondance pour Bordeaux. Le Brésil est bien loin. Un court séjour à Brasilia, capitale et fiction architecturale bâtie en plein désert dans les années 1960, m'en détachait déjà. Voilà quatre jours, en réalité, que j'ai pris l'avion du retour.

brasilia


Une vue de Brasilia, depuis le sommet de la gigantesque antenne de télévision.
Vous ne pouvez atteindre le faîte sans ascenseur, de même que vous ne pouvez circuler dans les rues de la capitale sans automobile (on a oublié jusqu'aux trottoirs).
Il est conseillé aussi de vous munir d'une bouteille d'eau, car l'air est d'une sécheresse extrême qu'accentue encore le changement climatique. A l'heure où ces lignes sont écrites, il n'est pas tombé une goutte d'eau sur Brasilia depuis six mois.

brasilia2
Le plan de Brasilia, tel qu'il a été dessiné d'un crayon rapide par son architecte d'origine française.
Un bel oiseau où ne vivent que des riches — les loyers sont presque ceux d'Europe.
Le gros de la population habite les villes périphériques, qui s'étendent très loin alentour.


Le Brésil habitera mes travaux littéraires un certain temps : j'ai déjà livré à France Culture un feuilleton radiophonique sur le compositeur Heitor Villa-Lobos, qui devrait être diffusé cet hiver ; je projette aussi un roman sentimental et voluptueux (oui) dont le cadre sera le Brésil du XIXe siècle et le thème principal, la musique. Il est probable que je retourne bientôt et régulièrement dans ce pays, le plus séduisant de ceux où j'ai séjourné — avec aussi Madagascar, qui m'attache d'une façon toute spéciale.
Je remercie mes lectrices, mes lecteurs d'avoir feuilleté ces notes.
Bonne rentrée,

Olivier Bleys

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27 août 2007

Brève équinoxiale n° 11

Je déteste les voyages qui s’achèvent. Au début d’un long séjour, on est riche de son temps. Les gens qu’on rencontre, on peut les revoir ; les lieux qu’on visite, y retourner. On fixe des rendez-vous pour la semaine suivante ou pour le mois à venir sans prêter assez d’attention à la marche du calendrier. Puis un jour, comme dans une mèche noire se faufile le premier cheveu blanc, quelqu’un  vous alerte sans malice :

« Ah, oui ! C’est vrai ! Tu pars dans deux semaines ! »

Un genre de compte à rebours s’enclenche alors. Vous dressez une liste de ce qui vous reste à faire, de ce qu’il vous faut acheter. Vous pressez vos nouveaux amis de sortir avec vous, pour rompre la solitude du voyageur sur le départ. Les derniers moments sont les meilleurs, malgré l’amertume qu’ils portent et le regret qu’ils construisent. Il n’empêche, ce sont les derniers.

Un matin, la valise est faite, le taxi commandé. Vous voilà sur le chemin de l’aéroport. À cet instant seulement, vous, l’étranger, vous saisirez dans toute sa force et toute sa couleur le sens intime du mot : saudade.

Aujourd’hui, j’ai la saudade du Brésil.

Hoje, tenho a saudade do Brazil.

Voir ci-après de nouvelles brèves équinoxiales.

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Brève équinoxiale n° 10

1/ Parmi les nombreux restaurants ouverts à São Luis, mes préférés sont les restaurants « au kilo ». On remplit une assiette selon son appétit et l’on paye en fonction du poids qu’indique la balance. C’est souvent plus économique qu’un restaurant traditionnel, et l’on peut goûter de tout. La première fois que j’y suis entré, j’ai sottement laissé mes couverts dans l’assiette pour la pesée. Il m’en a coûté deux ou trois reals de plus qu’un client ordinaire.

2 / Mercredi 22 août, j’ai donné à l’Alliance française de São Luis une conférence sur le thème « Paris fin-de-siècle ». Plusieurs classes d’étudiants en langue, de niveau intermédiaire à avancé, m’ont fait la gentillesse d’y assister. Les cinq premiers rangs étaient garnis d’un nombre considérable de jolies filles, preuve supplémentaire de l’étonnante vitalité génétique de ce pays. Je crois bien n’avoir jamais connu de public plus séduisant, ni reçu d’applaudissements plus flatteurs.

3 / Vu récemment dans la rua da estrela (rue de l’étoile) : un jeune homme en fauteuil roulant dont la tête reposait sur les genoux de sa fiancée qui lui caressait doucement les cheveux. Son visage exprimait une rare béatitude. La condition des personnes âgées, invalides ou malades paraît ici meilleure qu’en Europe. Beaucoup de poliomyélitiques, par exemple, exercent de petits métiers dans la rue. Quant aux troupes du Bumba meu boi, cette manifestation folklorique dont l’album photo ci-contre (colonne de droite, en bas) donne un aperçu, elles mêlent sans différence mongoliens et débiles légers, comme d’ailleurs hommes et femmes, enfants et vieillards. Il est si commun, chez nous, de compartimenter les gens, d’envoyer les vieux à l’hospice et les idiots à l’asile qu’on est surpris de rencontrer ici une société hétérogène, où les générations peuvent encore cohabiter. Ce ne sont pas les plus sveltes ou les plus adroits qui portent les costumes rutilants des danseurs, c’est le village presque au complet. Le public est d’ailleurs  convié sur scène à la fin de la représentation et participe de cette pagaille joyeuse. En regardant le Bumba meu boi (plus de 150 spectacles en un mois), j’ai reçu l’impression non d’une fête mais d’un climat, d’un milieu comme l’attestait du reste l’étrange perméabilité de la scène au cours de ces soirées : des danseuses achevaient d’y nouer leur pagne, des photographes y montaient prendre des clichés et l’on voyait parfois, au milieu du spectacle, quelqu’un la traverser de part en part en conversant au téléphone.

4 / La longue fréquentation d’un lieu fait émerger des figures, des personnages qui passent inaperçus du voyageur pressé. Je connais bien, à présent, ceux de São Luis :

> le serveur de pizzeria dont la voix très haut perchée évoque un montreur de marionnettes ou un fumeur d’hélium ;

> le yogi qu’on voit déambuler dans les rues en exécutant des mouvements de gymnastique, parfois s’immobiliser et scruter, hilare, un détail des façades, d’autres fois se coucher par terre pour escalader la table où vous êtes assis ;

> le punk à la crête jaune indéfrisable que je prenais pour un alcoolique avant de l’avoir vu danser le reggae dans une tenue de cycliste (culotte noire moulante, T-shirt numéroté, gourde portée dans le dos…) ;

> l’artisan à demi nu que n’importe quelle musique met en transe et qui, malgré son ignorance du rythme, frappe vaillamment deux bouteilles vides sur le sol pavé pour accompagner l’orchestre ou la platine CD ;

> l’ancien pianiste de Hilton devenu glacier,  qui joue au fond de son estaminet désert chaque fois qu’un client, comme l’insecte se prend à la toile, franchit par hasard la porte de l’établissement aux volets fermés ;

> la très jolie prostituée au tatouage végétal (un lierre courant d’une épaule à l’autre), excellente danseuse, qu’on rencontre chaque soir à la terrasse d’un restaurant en compagnie d’un nouvel étranger — il y aurait long à écrire, d’ailleurs, sur ces jeunes Européens à la mèche plate, au T-shirt bien repassé, qui essayent, un peu nigaud, leurs rares mots de portugais sur les filles toujours hilares, et qui croient ainsi nouer quelque amour exotique au parfum de vanille et d’huile à bronzer.

5 / Pourquoi les commandants de bord n’articulent-ils jamais ? Pourquoi les médecins écrivent-ils si mal ? Deux mystères que nul n’a souci d’éclaircir.

6 / « Mes vacances ? C'est d'aller travailler ailleurs ». Je pourrais m’appliquer cette jolie citation de Colette, un de mes écrivains les plus estimés.

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22 août 2007

Brève équinoxiale n° 9

1 / Partie de volley improvisée dans mon quartier. Un filet tricoté main est pendu en travers de la rue, fixé au sol par des sardines de tentes, aux murs par des crochets — les mêmes qui servent à pendre les hamacs. Une voiture se présente-t-elle ? La partie s’interrompt et les joueurs, fort obligeamment, soulèvent le filet pour la laisser passer. J’ai été passager d’une de ces automobiles. Quand le filet s’est soulevé, il m’a semblé qu’une haie d’honneur se formait pour nous. Je me rappelle, par contraste, la réprobation du voisinage quand des enfants improvisaient dans notre rue parisienne une partie de football.
2 / Deux positions sur le ventilateur de ma chambre, fixé au plafond : position « ventilateur » et position « reverse ». La seconde produit une aspiration d'air… qui ne sert à rien, sauf à faire valser les mouches. Je m'interroge sur cette fonction sans usage.
3 / Programme d’une journée de repos avec des amis : nous prenons un verre dans un restaurant face à la mer ; sans payer nos boissons, nous confions nos affaires au garçon puis nous allons nous baigner ; sortis de l’eau, nous nous douchons dans le même établissement et passons à table. Toutes choses impossibles en France, ou susceptibles de mille complications.
4 / Des Brésiliens m’affirment, avec insistance, que la proportion d’hommes dans la population est minime : de l’ordre d’un homme pour vingt femmes. Je pense ce chiffre exagéré. Il n’en demeure pas moins que les femmes sont partout. On rencontre souvent de grandes tablées de femmes dans les établissements de nuit comme l’on voit, chez nous, de grandes tablées d’hommes insolents et braillards.
5 / Il existe un genre d’uniforme pour les jeunes femmes du Maranhão : jupe courte en jean, corsage moulant laissant parfois le ventre découvert (sinon le dos), hauts talons et cheveux longs tombant sur les reins.
6 / Les Brésiliens du Maranhão ne connaissent aucune langue étrangère. Dans l’agence locale de la première compagnie d’aviation nationale, fréquentée par beaucoup d’Européens, personne ne parle anglais. En revanche, beaucoup des Brésiliens cultivés que j'ai rencontrés ont étudié le français par le passé, même s’ils ont tout oublié. Au mieux, ils se rappellent quelques mots, une intonation. Le français les hante comme un fantôme.
7 / Avant-hier, dans un restaurant chic. Du vin chilien est servi à table. Le vin est goûté puis le serveur, curieusement, présente le bouchon à l’un des convives. Le bouchon, posé sur une soucoupe, nous accompagne tout au long du dîner.

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Brève équinoxiale n° 8

On m’a décrit Belém, une ville brésilienne sur l’Équateur, comme une enclave urbaine dans la forêt amazonienne, en même temps qu’une île dans l’immense delta du fleuve qui l’enserre de toute part.
En un sens, São Luis est l’opposé : dans le centre historique où poussent peu d’arbres, les demeures coloniales à l’abandon, dont le toit s’est écroulé, forment de petits enclos de forêt vierge qui vont chaque jour épaississant. Il s’en échappe rarement des serpents ou des mygales qu’on voit, paraît-il, escalader les trottoirs avant d’être avalés par une bouche d’égout. J’aime cette discrète menace d’engloutissement que la nature fait peser sur la ville. On dirait qu’une végétation à l’affût derrière les volets pourris et les murs effrités des vieilles demeures attend le moment d’infester São Luis.

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17 août 2007

Brève équinoxiale n° 7

Il y aurait long à écrire sur les méfaits du tourisme, invention tardive (elle n’a guère plus d’un siècle) et prédatrice des sociétés occidentales. L’idée qu’autrefois, la planète pût receler des territoires vierges, ou du moins peu fréquentés — cette idée a vécu. Partout où l’on voyage, aujourd’hui, un Coca-cola frais nous attend, et des biscuits sous emballage plastique, et un guide parlant anglais. Des pirogues chargées de produits cosmétiques remontent les rivières d’Amazonie en quête de clientèle, et nos portables sonnent jusqu’aux confins du désert.
J’avais été étonné de rencontrer un « Tourist Canoë » (l’immatriculation, en grandes lettres blanches, habillait tout le flanc d’une pirogue) sur un petit lac volcanique des hauteurs de l’Ouganda. C’était en 1992. Cinq heures de piste à bord d’un 4 * 4 loué, par des chemins peu fréquentés, n’avaient pas suffi à sortir de la zone touristique.

ouganda1992


Ouganda, 1992. C’est sur ce lac que le Tourist Canoë vint à notre rencontre.


Au Brésil, de nos jours, c’est hélas ! la même chose. Les routes sont connues, les étapes balisées  et le vrombissement des buggys dérange à tout instant la quiétude des plages océaniques. Cela, j’en suis conscient, nuit à l’intérêt de ces notes équinoxiales. Elles n’offrent rien de neuf mais bénéficient, au mieux, du regard singulier qu’un voyageur d’expérience — disons plutôt, un touriste de métier — porte sur l’étape du jour. Je regrette de ne pouvoir offrir mieux.


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15 août 2007

Brève équinoxiale n° 6

Notes éparses du Brésil, et qui resteront telles.

1 / Certaines jeunes femmes se mouchent en frottant leur nez verticalement, de bas en haut. Ce pourrait être ignoble et c’est charmant.
2 / Incroyable coquetterie des mêmes vis-à-vis de l’appareil photographique. La Brésilienne prend volontiers des poses, sans la moindre pudeur ni aucune retenue. La voici trempant ses cheveux dans l’eau, à contre-jour, puis rejetant vivement la tête en arrière pour réussir un joli cliché.

modele

Vu à São Louis : le petit frère prend sa grande sœur en photo. Elle pose déjà comme un modèle.

3 / Le geste qui signifie « j’ai faim » consiste à agiter la main devant la bouche, comme pour se donner de l’air.
4
/ Découvrant la forêt tropicale, on reconnaît d’abord, un peu penaud, nos plantes d’appartement frappées de gigantisme.

5
/ Un soir où nous passons la nuit dans un resort de luxe, des pizzas sont servies, très copieuses, dont nous laissons plusieurs parts. Le lendemain, elles apparaissent dans la ronde du petit déjeuner. La vieille Europe a perdu le sens de l’épargne, des «restes» qu’on accommode. Ici, la tradition se maintient.

tablepetitdejeuner

Le petit déjeuner du resort. La pizza incriminée est hors-champ, sur la droite de l'image.

6 / Dans une posada sans charme, de petites grenouilles noires envahissent les chambres. Après avoir vainement essayé de chasser celle qui fréquentait la mienne, je décide de la garder. Je n’ai pas osé l’embrasser pour savoir s’il s’agissait, ou non, d’une princesse frappée d’un maléfice.
7
/ Nous sommes assis, Julien et moi, à la table d’un café. Deux jeunes femmes nous font passer des billets par l’intermédiaire du serveur. Je transcris : « Je t’adore, je te trouve très beau. », « Je suis sûre que tes lèvres ont le goût de fraise. » (Nb : la fraise est un fruit exotique au Brésil). Sagement, nous leur faisons comprendre que nous sommes déjà engagés. La plus âgée n’avait pas dix-neuf ans. Je ne m’étonne plus qu’un auteur brésilien (Propércio) ait écrit :

No amor basta uma noite para fazer de um homen um Deus.
(Il suffit d’une nuit à l’amour pour faire d’un homme un Dieu.)

Ici, une nuit suffit. En Europe, c’est souvent plus long.
8 / Au Brésil, si l’on bat ses enfants, on va en prison.
9
/ Terra boa, Brazil. Bonne terre, le Brésil. Combien mon chauffeur de buggy avait raison !

10
/ Je vais chaque jour à la bibliothèque de l’école de musique pour consulter divers ouvrages. « Silence ! » ordonne, en caractères gras, un panneau cloué au mur. C’est précisément sous ce panneau que les employés de l’école — dont la bibliothécaire, qui s’ennuie ferme — se retrouvent pour converser bruyamment.

11
/ Parmi les petits métiers de São Luis (cireur de chaussures, vendeurs de colliers ou de cocos réfrigérés), l’un des plus pratiqués est « gardien d’automobiles ». Des jeunes hommes sont postés au coin de la rue. Si vous voulez stationner, ils se chargent de vous trouver une place, puis gardent votre véhicule jusqu’à votre retour. Mais comme ils s’ennuient ferme, ils n’attendent pas qu’on les hèle. Ils font signe à toutes les voitures qui passent. Parfois, j’ai l’impression étrange que la circulation automobile dépend de leurs mouvements frénétiques : s’ils s’arrêtaient un instant de gesticuler, aussitôt les moteurs cesseraient de fonctionner.

12
/ Le français est connu au Brésil comme la langue « du petit bec » (biquinho) car les gens d’ici ont l’impression que pour le parler, il faut avancer les lèvres et les serrer — autrement dit, faire la « bouche en cul-de-poule ». Sachant cela, vous comprendrez mieux le sens et l’intention de cet autocollant, une réclame pour les cours de l’Alliance française :

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La version brésilienne du French Kiss

13 / Le resort (hôtel de luxe) où nous sommes descendus un soir est composé de petits pavillons, ou chalets pouvant abriter des familles. Au milieu de ces maisonnettes, un oratoire flambant neuf dont un chapelet d’ampoules jaunes souligne le fronton. Je n’y ai jamais vu personne, mais ses dimensions sont suffisantes pour accueillir une trentaine de fidèles. Il semble que malheureusement, ces derniers lui préfèrent la piscine à fond de sable.
14 / Vu dans la cabine Internet d’un hôtel, un « certificat contre l’exploitation sexuelle des enfants par le tourisme ». Une autre affichette rappelle l’interdiction de consulter des sites pornographiques sur le poste informatique mis à disposition des clients. Dans l’avion déjà, le gouvernement brésilien mettait en garde les passagers contre la prostitution infantile, et martelait les peines encourues par les touristes qui s’y adonneraient. D’autres messages défendaient aux mêmes de soustraire des animaux ou des plantes à l’écosystème national. Curieux rapprochement.
15 / La jeune employée de la boulangerie française qui chaque matin, me sert un croissant et un jus d’acerola (fruit local très riche en vitamine C, à la saveur intermédiaire entre la fraise et l’orange) n’a pas encore fêté ses dix-sept ans. Très chrétienne, elle garde le sourire en toutes circonstances et ponctue d’un « Amen ! » enjoué l’arrivée sur ma table du petit déjeuner.
16
/ Il m’est apparu très tôt que les Brésiliens possédaient une culture de la plage plutôt que de la mer. Beaucoup d’ailleurs ne savent pas nager : en les voyant barboter seulement où ils ont pied, j’ai cru d’abord qu’il était dangereux d’aller plus loin. Mais non, c’est parce qu’ils ignorent la façon d’évoluer en pleine eau.

Avertissement de l’auteur : j’ai publié plusieurs « brèves équinoxiales » et vous invite à poursuivre votre lecture ci-dessous. Vous êtes également conviés à visionner les albums photos accessibles dans la colonne de droite de cette page, que je mettrai en ligne dans les jours à venir.

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Brève équinoxiale n° 5

Le palmier est un arbre serviable. Il est ici certaine espèce qui déploie ses palmes au ras du sol, quand le tronc n’a pas encore allongé, de sorte qu’on peut sans tarder prélever les feuilles et les fruits, utiles à maints usages. Pendant quelques années, le précieux bouquet reste à portée. Puis il s’élève, très haut, exigeant dès lors courage et astuce de ceux qui veulent dépouiller sa parure.
Vu sur le novo rio, une rivière au cours paisible, des arbres vivants, hauts à peu près comme un homme, qui font office… de voiles. Les barques emportent un peu de terre pour garder l’arbre debout. Quand son feuillage est assez dense, le vent s’y engouffrant exerce une poussée qui déplace l’embarcation. Je vous laisse méditer cette image d’une poésie rare.

bateauarbre

Le bateau-arbre que nous avons croisé sur la rivière

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Brève équinoxiale n° 4

La campagne brésilienne contre la cigarette est d’une folle agressivité. Les paquets n’affichent pas seulement ces messages comminatoires que portent aussi les nôtres (« fumer tue »…), mais aussi des photos illustrant les dégâts infligés par le tabac à ceux qui en abusent : voici par exemple, étendu sur son lit, un tuyau enfoncé dans le nez et plusieurs dans la gorge, une victime du cancer du larynx. L’un des avertissements les plus répandus — et des plus sournois, quand on connaît le caractère voluptueux des Brésiliens — concerne les performances sexuelles, prétendument entamées par l’abus du tabac. Fumer causerait l’impuissance, affirme le ministère de la santé au dos de certains paquets.
Cependant, l’annonce qui m’a fait le plus d’effet concernait les « 4700 substances toxiques » soi-disant contenues dans la cigarette. Tout y passe, depuis les détergents industriels jusqu’à la mort-aux-rats. Je me suis arrêté devant l’affiche qui proclamait ce chiffre inouï. 4700 substances, vraiment ? N’est-ce pas exagéré ? J’aimerais disposer de la liste de tous ces produits, et les compter moi-même pour vérification. Car raisonnablement, je n’imagine pas un industriel du tabac, si perverti soit-il, incorporer exprès des milliers de poisons dans ses gitanes.
Sur Internet, on trouve ce genre de schéma effrayant :

tabac

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14 août 2007

Brève équinoxiale n° 3

Il est 17 h 30. Le soleil se couche sur Fortaleza et sur l’océan qui borde la ville. Un ponton de bois blanc, avancé loin sur la mer, accueille les promeneurs, les amoureux et quelques gratteurs de guitare. Des vagues amorties par la digue voisine, non plus déferlantes mais couvrantes — c’est-à-dire qu’elles nappent les rochers alentour sans bruit ni éclat — progressent paresseusement vers la rive. C’est alors que le serveur du café où je prends une consommation choisit de diffuser une version populaire de l’Ave Maria de Gounod. Le moment est magique. Suavité universelle dont le Brésil détient le secret, bien plus, je crois, que les îles frelatées du Pacifique aux vahinés grassouillettes.

Fortaleza_1

Une vue de Fortaleza — la seule que j'ai trouvée où figure le fameux ponton

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