27 août 2007
Brève équinoxiale n° 11
Je déteste les voyages qui s’achèvent. Au début d’un long séjour, on est riche de son temps. Les gens qu’on rencontre, on peut les revoir ; les lieux qu’on visite, y retourner. On fixe des rendez-vous pour la semaine suivante ou pour le mois à venir sans prêter assez d’attention à la marche du calendrier. Puis un jour, comme dans une mèche noire se faufile le premier cheveu blanc, quelqu’un vous alerte sans malice :
« Ah, oui ! C’est vrai ! Tu pars dans deux semaines ! »
Un genre de compte à rebours s’enclenche alors. Vous dressez une liste de ce qui vous reste à faire, de ce qu’il vous faut acheter. Vous pressez vos nouveaux amis de sortir avec vous, pour rompre la solitude du voyageur sur le départ. Les derniers moments sont les meilleurs, malgré l’amertume qu’ils portent et le regret qu’ils construisent. Il n’empêche, ce sont les derniers.
Un matin, la valise est faite, le taxi commandé. Vous voilà sur le chemin de l’aéroport. À cet instant seulement, vous, l’étranger, vous saisirez dans toute sa force et toute sa couleur le sens intime du mot : saudade.
Aujourd’hui, j’ai la saudade du Brésil.
Hoje, tenho a saudade do Brazil.
Voir ci-après de nouvelles brèves équinoxiales.
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