volubilis

Le blog littéraire, hédoniste et jardinier d'un écrivain, Olivier Bleys.

15 août 2007

Brève équinoxiale n° 6

Notes éparses du Brésil, et qui resteront telles.

1 / Certaines jeunes femmes se mouchent en frottant leur nez verticalement, de bas en haut. Ce pourrait être ignoble et c’est charmant.
2 / Incroyable coquetterie des mêmes vis-à-vis de l’appareil photographique. La Brésilienne prend volontiers des poses, sans la moindre pudeur ni aucune retenue. La voici trempant ses cheveux dans l’eau, à contre-jour, puis rejetant vivement la tête en arrière pour réussir un joli cliché.

modele

Vu à São Louis : le petit frère prend sa grande sœur en photo. Elle pose déjà comme un modèle.

3 / Le geste qui signifie « j’ai faim » consiste à agiter la main devant la bouche, comme pour se donner de l’air.
4
/ Découvrant la forêt tropicale, on reconnaît d’abord, un peu penaud, nos plantes d’appartement frappées de gigantisme.

5
/ Un soir où nous passons la nuit dans un resort de luxe, des pizzas sont servies, très copieuses, dont nous laissons plusieurs parts. Le lendemain, elles apparaissent dans la ronde du petit déjeuner. La vieille Europe a perdu le sens de l’épargne, des «restes» qu’on accommode. Ici, la tradition se maintient.

tablepetitdejeuner

Le petit déjeuner du resort. La pizza incriminée est hors-champ, sur la droite de l'image.

6 / Dans une posada sans charme, de petites grenouilles noires envahissent les chambres. Après avoir vainement essayé de chasser celle qui fréquentait la mienne, je décide de la garder. Je n’ai pas osé l’embrasser pour savoir s’il s’agissait, ou non, d’une princesse frappée d’un maléfice.
7
/ Nous sommes assis, Julien et moi, à la table d’un café. Deux jeunes femmes nous font passer des billets par l’intermédiaire du serveur. Je transcris : « Je t’adore, je te trouve très beau. », « Je suis sûre que tes lèvres ont le goût de fraise. » (Nb : la fraise est un fruit exotique au Brésil). Sagement, nous leur faisons comprendre que nous sommes déjà engagés. La plus âgée n’avait pas dix-neuf ans. Je ne m’étonne plus qu’un auteur brésilien (Propércio) ait écrit :

No amor basta uma noite para fazer de um homen um Deus.
(Il suffit d’une nuit à l’amour pour faire d’un homme un Dieu.)

Ici, une nuit suffit. En Europe, c’est souvent plus long.
8 / Au Brésil, si l’on bat ses enfants, on va en prison.
9
/ Terra boa, Brazil. Bonne terre, le Brésil. Combien mon chauffeur de buggy avait raison !

10
/ Je vais chaque jour à la bibliothèque de l’école de musique pour consulter divers ouvrages. « Silence ! » ordonne, en caractères gras, un panneau cloué au mur. C’est précisément sous ce panneau que les employés de l’école — dont la bibliothécaire, qui s’ennuie ferme — se retrouvent pour converser bruyamment.

11
/ Parmi les petits métiers de São Luis (cireur de chaussures, vendeurs de colliers ou de cocos réfrigérés), l’un des plus pratiqués est « gardien d’automobiles ». Des jeunes hommes sont postés au coin de la rue. Si vous voulez stationner, ils se chargent de vous trouver une place, puis gardent votre véhicule jusqu’à votre retour. Mais comme ils s’ennuient ferme, ils n’attendent pas qu’on les hèle. Ils font signe à toutes les voitures qui passent. Parfois, j’ai l’impression étrange que la circulation automobile dépend de leurs mouvements frénétiques : s’ils s’arrêtaient un instant de gesticuler, aussitôt les moteurs cesseraient de fonctionner.

12
/ Le français est connu au Brésil comme la langue « du petit bec » (biquinho) car les gens d’ici ont l’impression que pour le parler, il faut avancer les lèvres et les serrer — autrement dit, faire la « bouche en cul-de-poule ». Sachant cela, vous comprendrez mieux le sens et l’intention de cet autocollant, une réclame pour les cours de l’Alliance française :

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La version brésilienne du French Kiss

13 / Le resort (hôtel de luxe) où nous sommes descendus un soir est composé de petits pavillons, ou chalets pouvant abriter des familles. Au milieu de ces maisonnettes, un oratoire flambant neuf dont un chapelet d’ampoules jaunes souligne le fronton. Je n’y ai jamais vu personne, mais ses dimensions sont suffisantes pour accueillir une trentaine de fidèles. Il semble que malheureusement, ces derniers lui préfèrent la piscine à fond de sable.
14 / Vu dans la cabine Internet d’un hôtel, un « certificat contre l’exploitation sexuelle des enfants par le tourisme ». Une autre affichette rappelle l’interdiction de consulter des sites pornographiques sur le poste informatique mis à disposition des clients. Dans l’avion déjà, le gouvernement brésilien mettait en garde les passagers contre la prostitution infantile, et martelait les peines encourues par les touristes qui s’y adonneraient. D’autres messages défendaient aux mêmes de soustraire des animaux ou des plantes à l’écosystème national. Curieux rapprochement.
15 / La jeune employée de la boulangerie française qui chaque matin, me sert un croissant et un jus d’acerola (fruit local très riche en vitamine C, à la saveur intermédiaire entre la fraise et l’orange) n’a pas encore fêté ses dix-sept ans. Très chrétienne, elle garde le sourire en toutes circonstances et ponctue d’un « Amen ! » enjoué l’arrivée sur ma table du petit déjeuner.
16
/ Il m’est apparu très tôt que les Brésiliens possédaient une culture de la plage plutôt que de la mer. Beaucoup d’ailleurs ne savent pas nager : en les voyant barboter seulement où ils ont pied, j’ai cru d’abord qu’il était dangereux d’aller plus loin. Mais non, c’est parce qu’ils ignorent la façon d’évoluer en pleine eau.

Avertissement de l’auteur : j’ai publié plusieurs « brèves équinoxiales » et vous invite à poursuivre votre lecture ci-dessous. Vous êtes également conviés à visionner les albums photos accessibles dans la colonne de droite de cette page, que je mettrai en ligne dans les jours à venir.

Posté par cassiel à 00:19 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Brève équinoxiale n° 5

Le palmier est un arbre serviable. Il est ici certaine espèce qui déploie ses palmes au ras du sol, quand le tronc n’a pas encore allongé, de sorte qu’on peut sans tarder prélever les feuilles et les fruits, utiles à maints usages. Pendant quelques années, le précieux bouquet reste à portée. Puis il s’élève, très haut, exigeant dès lors courage et astuce de ceux qui veulent dépouiller sa parure.
Vu sur le novo rio, une rivière au cours paisible, des arbres vivants, hauts à peu près comme un homme, qui font office… de voiles. Les barques emportent un peu de terre pour garder l’arbre debout. Quand son feuillage est assez dense, le vent s’y engouffrant exerce une poussée qui déplace l’embarcation. Je vous laisse méditer cette image d’une poésie rare.

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Le bateau-arbre que nous avons croisé sur la rivière

Posté par cassiel à 00:08 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Brève équinoxiale n° 4

La campagne brésilienne contre la cigarette est d’une folle agressivité. Les paquets n’affichent pas seulement ces messages comminatoires que portent aussi les nôtres (« fumer tue »…), mais aussi des photos illustrant les dégâts infligés par le tabac à ceux qui en abusent : voici par exemple, étendu sur son lit, un tuyau enfoncé dans le nez et plusieurs dans la gorge, une victime du cancer du larynx. L’un des avertissements les plus répandus — et des plus sournois, quand on connaît le caractère voluptueux des Brésiliens — concerne les performances sexuelles, prétendument entamées par l’abus du tabac. Fumer causerait l’impuissance, affirme le ministère de la santé au dos de certains paquets.
Cependant, l’annonce qui m’a fait le plus d’effet concernait les « 4700 substances toxiques » soi-disant contenues dans la cigarette. Tout y passe, depuis les détergents industriels jusqu’à la mort-aux-rats. Je me suis arrêté devant l’affiche qui proclamait ce chiffre inouï. 4700 substances, vraiment ? N’est-ce pas exagéré ? J’aimerais disposer de la liste de tous ces produits, et les compter moi-même pour vérification. Car raisonnablement, je n’imagine pas un industriel du tabac, si perverti soit-il, incorporer exprès des milliers de poisons dans ses gitanes.
Sur Internet, on trouve ce genre de schéma effrayant :

tabac

Posté par cassiel à 00:06 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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