24 juillet 2007
Du Brésil (2)
Chers amis,
Le temps possède au Brésil, ou du moins dans cette province du Marañhao qui jouit l’année durant d’une température constante (29 degrés), un caractère différent du temps européen que nous connaissons, avec l’alternance familière des saisons, des intempéries, du froid et du chaud.
Une semaine après mon arrivée à São Luis, il me semble tout à la fois être nouveau venu et résider ici depuis toujours. Je ne m’égare plus dans les ruelles du centre historique, et je sais demander en portugais une bouteille d’eau minérale ou un jus d’orange — mon accent s’est à ce point amélioré que la première phrase apprise ici, eu não sei falar portugueses, « je ne sais pas parler portugais », éveille désormais chez ses destinataires un soupçon de moquerie ; ne serais-je pas en train de me payer leur figure ? On m’a dit que je pouvais passer pour un Brésilien du sud, qu’il en existait de peau très claire. D’ailleurs, pendant le voyage aller, j’ai eu la conversation suivante avec une dame helvétique, membre d’une chorale venue se produire à São Luis (et dont j’ai pu admirer la superbe prestation au théâtre municipal) :
Elle : Où avez-vous appris le français, pour le parler si bien ?
Moi : En France !
Elle : Ah, bon ? Vous avez fait des études en France ?
Moi : Oui, comme beaucoup de Français !
Elle n’en démordait pas. Pour elle, j'étais évidemment un Brésilien initié à la langue de Molière.
Ce n’est pas le moindre avantage des pays métissés, où se rencontrent toutes les nuances de peau et de cheveux, que de pouvoir très vite se fondre à la population. Une fois déposée ma montre-bracelet — peu de Brésiliens en ont l’usage — et pris le trottoir ombragé — à l’inverse des touristes européens, qui croient prouver leur endurance au soleil en choisissant le côté éclairé de la rue —, me voilà presque assimilé.
J'ai emprunté un appareil photo à mon ami Julien pour vous offrir quelques images de l'endroit où je réside, en compagnie d'une dizaine d'étudiants états-uniens venus ici étudier la langue et la civilisation portugaises — mais surtout, dépenser la belle énergie de leurs vingt ans à courtiser les Brésiliennes, avec d'ailleurs une remarquable efficacité ; tous les jours, j'ouvre la porte à de nouvelles jeunes filles qui demandent dans un anglais hésitant après " Andrew ", " Brian " ou " Mickaël ". Difficile de les éconduire au motif qu’elles n’ont pas la clef.
Jetez un œil :
L’entrée, majestueuse et sonore, où l’on entend jouer la fanfare de l’école de musique toute proche
Bel échantillon de style colonial, un fauteuil en bois massif comme l’est ici tout le mobilier, de même que les parquets, les rampes, les balustrades
(déplacer une simple chaise exige un effort)
Vue sur le patio. La piscine est presque fraîche en comparaison de la mer, dont la température avoisine par beau temps les vingt-sept degrés. Mon professeur de portugais, originaire de São Luis, m’avait alerté sur la présence de requins-tigres et de requins-bouledogues mais personne ici n’a confirmé.
En tout cas, je suis sorti indemne de mon premier bain de mer.
Une autre vue du patio. J’ignore pourquoi, mais je suis seul à le fréquenter. Personne n'est jamais dans la piscine.
Le séjour, devenu salle d’études. Pour dormir à l’aise dans un hamac, il faut s’y étendre en diagonale. Le saviez-vous ?
Le statuaire aurait été mieux inspiré de prendre son modèle chez les beautés locales, qui n’ont rien à envier au lointain canon grec.
La cuisine — les azulejos, carreaux d’un bleu laiteux d’inspiration portugaise, datent peut-être de la construction de la maison (1860)
Ma prochaine chronique abordera les cours de clarinette que je prends désormais chaque semaine à l'école musicale de São Luis. Je me félicite d'avoir apporté mon instrument. Il me semble qu’habitant ici, la fibre musicale qui m’a toujours habité s'exprimerait mieux.
18 juillet 2007
Du Brésil (1)
Chers amis,
D'abord signaler la parution, dans le numéro de Télérama de cette semaine (18 juillet 2007), d'un article sur mon dernier roman paru en mai dernier chez Gallimard, Semper Augustus. Je ne l'ai pas lu et ne peux donc vous en dire plus. Mais des oreilles amicales témoignent qu'il est bienveillant.
Je suis arrivé avant-hier à São Luis, Brésil, pour un long séjour de six semaines qui promet d'être studieux. Nous sommes presque sur l'Equateur, ligne que j'ai souvent suivie au cours de mes voyages, et dont la combinaison de chaleur élevée et d'humidité maximale, intolérable à la plupart des êtres humains, m'est au contraire délicieuse.
Le blason de São Luis, dont j'aime le fouillis et l'exubérance.
Il y a un peu de tout, même une armure qu'il doit être bien difficile de porter sous cette chaleur.
Je bénéficie des meilleures conditions de séjour : grâce aux bons offices de Julien, un ami qui dirige ici une agence d'écotourisme, Terra Nordeste, je jouis d'une vaste chambre dans une résidence du XVIIe siècle entièrement parquetée qui abrite une belle piscine aux formes courbes. Les échoppes débordent de fruits tropicaux, des musiciens de grand talent se produisent tous les soirs sur les places du centre historique et l'on voit un peu partout dans les rues avoisinantes de grandes bâtisses à l'abandon dont les fenêtres et les portes éventrées laissent déborder la végétation tropicale. On comprend pourquoi São Luis est aujourd'hui classée au patrimoine mondial de l'Unesco, à l'égal d'ailleurs de Bordeaux, ma jeune ville d'adoption.
Je vous écrirai mes premières impressions au fil des jours.
Une vue de São Luis. Je n'en ferai aucune, pour ma part, ayant renoncé à apporter mon appareil photo.
A très bientôt,
Olivier Bleys





















