24 mai 2007
Recette du bonheur
Chers amis,
Voici quelques semaines, on m'a proposé d'intervenir publiquement sur le thème du bonheur.
Je suis fréquemment sollicité pour donner des conférences, ici ou là, mais c'est la première fois qu'on m'invite à réfléchir sur un sujet d'ordre plus philosophique que littéraire et, sans doute, plus intime qu'affiché. C'est une position difficile à tenir, car chacun dans la salle — et l'assemblée était nombreuse — devait se demander : à quel titre ce garçon nous parle-t-il du bonheur ?
J'ai donc commencé par proclamer que je n'étais pas spécialiste de la question, ni non plus un spécimen particulièrement épanoui d'être humain — ni grand lama, ni Henri Salvador. Puis j'ai rapidement opposé bonheur individuel, celui que nos sociétés matérialistes ont dégradé en simple bien-être, et bonheur collectif dont les utopies du passé portaient l'idéal, mais qui a déserté aujourd'hui la plupart des consciences. J'ai asséné au passage quelques évidences : la vie, la vraie n'est pas dans les supermarchés ; une promotion sur le rôti de bœuf n'égaye que les mannequins d'affiches publicitaires. Une occasion pour moi de dénoncer la fameuse pyramide de Maslow et sa lourde schématisation : je ne crois pas qu'il faille manger à sa faim pour trouver des amis, ni gagner l'estime des autres pour s'accomplir personnellement ; autrement dit, le bonheur n'a pas de critères à remplir successivement, mais advient presque toujours par surprise et dans les conditions les moins favorables.

La pyramide de Maslow. Cliquer pour afficher plus grand
Au final, j'ai donné du bonheur cette définition peu risquée : celle d'une ombre toujours proche, mais toujours fuyante, qu'on ne peut saisir tout en la sachant là.
Mais j'aurais pu faire plus simple. Car, à défaut de bonheur, c'est une volupté directe et intense que me procure la réunion hebdomadaire de ces deux objets :
• une paire d'œufs en gelée à déguster muni d'une fourchette ;
• un poste de télévision branché sur la chaîne Arte, à 20 h 40, le samedi soir, comme débute le générique de L'Aventure Humaine.
Inutile de vous préciser que je déteste les œufs et juge d'un prix excessif ce bloc de gelée enfermant quelques crudités.
Mais voilà, face à Arte, cette spécialité en bouche, je suis à mon aise ! Vous savez désormais comment me faire plaisir…
Commentaires
Le bonheur en lecture , c'est pas mal mais j'ai beaucoup apprécié la version en live . Depuis ce jour , je cours après mon ombre avec un plaisir certain .
Merci encore ...
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