26 avril 2007
Collection printanière
En avril, ne te découvre pas d'un fil, tombe plutôt la chemise. Vingt-huit degrés annoncés en région parisienne, ce vendredi après-midi. Claude Allègre est-il bien fondé à nier le réchauffement climatique, après avoir nié les risques de l'amiante ? Il est vrai que notre ancien ministre de l'Education nationale n'est pas membre seulement de l'Académie des sciences française, mais aussi d'une institution équivalente… aux Etats-Unis.
Les normales saisonnières n'ont plus rien de normales, puisque les températures relevées se situent toujours au-dessous ou au-dessus. Ce sont au mieux des moyennes. Qu'importe, la fièvre du thermomètre a du bon. Elle nous a permis d'improviser, hier midi, un pique-nique au parc de la Villette à Paris.
Tandis qu'Alice et moi, en tenue estivale, piochions dans un cornet de frites tels des mécréants d'Occidentaux, une mère et sa fille, toutes deux vêtues d'un tchador noir — mais celui de la plus jeune enrichi de broderies, coquetterie bizarrement tolérée — traversent la place sous nos yeux.
Alice pointe du doigt les passantes et s'écrie :
" Regarde les dames, papa ! Elles sont déguisées ! "
Je ne l'ai pas corrigée. D'une part, parce qu'il aurait été long d'exposer les codes vestimentaires des différentes religions ; d'autre part, parce que je discernais dans sa remarque un fond de vérité. Le dictionnaire définit le " déguisement " comme une façon de " vêtir quelqu'un pour le rendre méconnaissable ". C'est bien à cela qu'aboutit le port du voile : rendre celles qui les portent méconnaissables, puisque rien ne transparaît de leur aspect physique — ni la couleur de leurs yeux, ni la longueur et le teint de leurs cheveux — et que la silhouette même est effacée.
24 avril 2007
Récital ailé
Chers amis,
Les oiseaux comme les humains ont leurs habitudes. J'ai repéré depuis longtemps celles du merle noir qui fréquente notre jardin : il a bâti son nid sous la gouttière de la maison voisine et se perche sur le fil électrique qui longe notre propriété — mais attention : pas n'importe où sur le fil, en un point déterminé, à l'aplomb juste de notre lilas. J'ai installé ma chaise-longue au même endroit pour pouvoir l'observer.
Le merle noir est réputé bon chanteur. Pour l'avoir écouté longuement, je peux dire que ce compliment est mérité. De ma vie, je n'ai entendu de chant aussi virtuose, aussi libre et délié. J'ai longtemps cru que l'oiseau visiteur de notre jardin appartenait à une espèce exotique, à laquelle le réchauffement de la planète permettait de séjourner chez nous.
Toutefois, le merle possède un rival amazonien : il s'agit du uirapuru.

Le uiraparu d'Amazonie
(d'autres photos le montrent avec un plumage gris-brun, assez terne ; il s'agit sans doute ici d'une livrée nuptiale)
Voilà ce qu'en dit le compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos, dans le feuilleton radiophonique Le vert paradis de Villa-Lobos, commandé par France Culture, dont je viens d'achever l'écriture :
" C’est un genre de passereau qui, au premier regard, n’a rien de remarquable. Avec sa livrée terne et son corps chétif, il fait piètre figure dans la gent ailée. Toutefois, on le prétend sans rival pour la grâce et l’harmonie de son chant, raison pour laquelle les Indiens l’ont divinisé. Je n’ai pu en juger moi-même, car ce drôle d’animal ne fait entendre sa voix qu’une ou deux semaines par an, pendant qu’il construit son nid. Sa musique est si pure que les autres oiseaux, à ce qu’il paraît, font silence pour l’écouter et s’en instruire. "
Alors, si vous vous aventurez un jour dans la forêt amazonienne, tendez l'oreille !
22 avril 2007
Faux en écriture
Âgée de trois ans, Alice considère les lettres comme des dessins d'un genre particulier. C'est pourquoi l'écrivain n'est à ses yeux qu'un dessinateur spécialisé.
Elle a forgé ce matin le mot :
" écrivateur "
… pour exprimer cette idée. Vous l'aurez compris, ce néologisme enfantin marie " écrivain " et " dessinateur ". Intéressant, non ?
Parmi nos candidats à la présidentielle, il en est un qui devrait prendre des leçons d'écrivature, c'est François Bayrou. Le prospectus UDF glissé dans l'enveloppe électorale comporte en effet deux textes écrits à la main… qui, précisément, ne le sont pas. Examinez-les de près, observez en particulier comment sont formés les " m " : il s'agit d'une fonte de caractères imitant l'écriture scripturale mais, en réalité, générée par ordinateur.
L'écriture de Bayrou est-elle si peu lisible qu'on n'a pas pu numériser un texte de sa main ? Espèce d'écrivateur, va !
18 avril 2007
Premières lettres
Chers amis,
Cet après-midi, ma fille et moi, passagers du même vélo, longions un mur couvert de graffitis quand Alice s'est écriée :
" Regarde, papa ! Les gens écrivent sur les murs parce qu'ils n'ont pas de papier ! "
J'ai hésité à la corriger. Est-ce qu'elle n'a pas raison ?

08 avril 2007
Récréation photographique
Chers amis,
Je vous convie à un petit jeu : photographiez votre espace de travail et publiez ces images. Nous aurons ainsi une idée du lieu où vous avez choisi — le mot l'est mal, je sais — d'inscrire une grande partie de votre vie.
Voici mon atelier d'écriture, photographié avant-hier vendredi 6 avril 2007 vers dix heures du matin :
Une méridienne, un ordinateur, deux combinés téléphoniques, un agenda, divers documents, un chronomètre (pour estimer le temps de lecture du feuilleton radiophonique que je suis en train d'écrire), deux tasses de café (soit la moitié de ma consommation quotidienne) : le tout compose mon environnement de travail.
… j'ajoute, à quelques pas de la méridienne, un pupitre supportant des partitions de clarinette. La musique me distrait de l'écriture. Au second plan, le jardin. Je m'accorde une demi-heure de lecture au soleil, souvent après déjeuner, quand le temps m'y invite.
Et vous ?
07 avril 2007
Vertiges de l'ordinaire
Chers amis,
Admirez cette vue de la France, photographiée par un satellite voici quelques heures :
Il est rare, très rare qu'un ciel si pur règne sous nos latitudes, et qu'on puisse embrasser du même regard l'Espagne et l'Irlande, avec la vaste étendue de terre et de mer entre les deux. Mais là n'est pas mon sujet.
J'ai la plus grande admiration pour la technologie qui permet de fixer sur écran, et de diffuser presque aussitôt sur Internet ces images qui restaient, voici encore quelques années, la possession jalouse des scientifiques. Le seul magazine auquel je sois abonné, moi qui lis très peu de presse, c'est une revue de vulgarisation scientifique : Sciences & Vie. Et, sans exagérer, je m'écrie à chaque page devant les théories maniées aujourd'hui par les savants, et leurs réalisations étourdissantes dont le grand public n'a généralement pas idée.
Cette photo, par exemple… Elle est banale à vos yeux. Vous connaissez bien les contours de votre pays, pour les avoir appris dans vos premières années d'école. Mais songez au prix qu'elle aurait eu pour un prince de la Renaissance ? Quelle fortune aurait déboursée François Ier, ou Louis XII pour s'emparer d'une carte précise de l'Europe, formidable atout dans la guerre que se livraient alors les puissances du continent ?
Cette conversion de l'extraordinaire au banal, à quelques siècles et parfois quelques années de distance, est pour moi un grand sujet de méditation. Rien de plus commun non plus qu'un globe terrestre ; il en existe de toutes les tailles et sous toutes les formes : affiche, porte-clefs, oreiller et boîte à sucre… C'est sans doute l'une des images les plus diffusées et dès lors, les plus usées (un mot contient l'autre) de l'iconothèque mondiale. Mais encore une fois, des hommes comme Henri le Navigateur, ce fameux prince portugais qui donna l'élan à la colonisation des terres africaines, aurait déboursé une fortune pour en posséder un tirage même médiocre. Ma fille, qui joue avec un ballon aux couleurs de la Terre, détient sans le savoir un trésor.
Un portrait d'Henri le navigateur (1394-1460)
05 avril 2007
Lecture écologique
Chers amis,
Dimanche dernier, le 1er avril, notre petite famille répondait à l'appel de plusieurs associations écologistes et grossissait de trois nouvelles unités le vaste rassemblement organisé place du Trocadéro, à Paris, France, pour intimider les candidats à l'élection présidentielle.
J'avoue n'avoir aucune culture militante ; c'est pourquoi j'ignore la façon de me comporter dans ce genre de manifestation. Certes, il est utile de s'y rendre pour " faire nombre ". Mais une fois sur place, comment s'occuper ? Dans un défilé, au moins, on marche, on prend de l'exercice. Dans un rassemblement, sauf piocher un ou deux prospectus et mâcher une gaufre, il n'y a rien à faire.
Bref, nous nous sommes ennuyés.

La photo publiée par le magazine Le Point pour illustrer le grand rassemblement du Trocadéro.
Notez-le, le cadrage n'inclut que les " personnalités ". On ne voit pas la foule…
Or, ce qui fait la force d'une telle manifestation, ce n'est pas la présence d'Hulot et consorts, c'est celle des nombreux anonymes.
Voici un traitement " people " de l'information, aussi niais qu'insultant.
Quelques panneaux étaient dressés où les militants pouvaient inscrire leurs pensées écologiques grâce au feutre (vert) fourni. Puisque c'était le 1er avril, j'ai décidé d'introduire un peu d'humour dans ma dédicace. J'ai écrit :
" Stop au gâchis de papier. Ne lisez plus Marc Levy ! "
Je suis effaré du nombre de mes amis, la plupart cultivés, intelligents, instruits qui possèdent un ou plusieurs livre(s) de Marc Levy dans leur bibliothèque. Soyons clairs : j'abhorre le relativisme culturel, il faut distinguer de bons et de mauvais auteurs, des livres recommandables et d'autres à jeter. Marc Levy, c'est nul. Il n'y a pas à discuter.
Vous n'honorez pas l'espèce humaine quand vous ouvrez l'un de ses livres.Vous feriez mieux d'acheter La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, de Philippe Delerm, aux éditions de l'Arpenteur. Ce fut un gros succès de l'année 1997, mérité celui-ci. Je ne regrette pas l'arbre qu'on a abattu pour imprimer ces récits pleins de poésie et de délicatesse.
En me relisant le surlendemain de la rédaction de cette note, je me trouve un peu dur envers les lecteurs de Marc Levy qui, par définition, sont au moins des lecteurs. " Il n'y a pas de petit profit en matière de lecture ", écrivait j'ai oublié qui. Mais bon, un certain radicalisme ne nuit pas, dans la grisaille consensuelle que nous traversons.
04 avril 2007
Sur France Inter
Chers amis,
Ce court billet pour vous informer de la diffusion prochaine sur France Inter (les fréquences ici), le dimanche 22 avril à 13 h 30, d'une courte pièce radiophonique (30 min. environ) dont je suis l'auteur. Elle s'intitule Quand les tables dansaient et traite des débuts du spiritisme au XIXe siècle, particulièrement de l'initiation aux tables tournantes qu'a connue Victor Hugo entre 1853 et 1855, pendant son exil à Jersey.
Ceux que le sujet intéresse peuvent télécharger au format Word les notes que j'ai prises pour la préparation de ce travail :
Télécharger mes notes sur le_spiritisme
J'ai assisté hier à la séance d'enregistrement, qui mobilisait une équipe d'une vingtaine de personnes dont la moitié de comédiens. C'est l'acteur Bernard-Pierre Donnadieu qui prêtait sa belle voix grave à Victor Hugo. Le résultat, je pense, sera de grande qualité.
J'ai déjà écrit un feuilleton radiophonique en cinq épisodes pour France Culture, Libertalia, et livrerai prochainement à la même station un feuilleton de durée égale autour du compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos, Le vert paradis de Villa-Lobos.
Ci-dessous, une curiosité : la reproduction du quatrième et dernier cahier du " Livre des Tables ", où furent consignés les procès-verbaux des séances de spiritisme de Jersey. Tenu tour à tour par Victor Hugo, Auguste Vacquerie, Jules Allix, Clément Dulac et Paul Meurice, le " Livre des Tables " est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Nationale de France, département des manuscrits.
"Livre des Tables", 21 janvier - 8 octobre 1855

















