29 mars 2007
Revue de presse
Chers amis,
Quelque indifférent qu'on soit à l'actualité, en particulier à celle, triviale, qui circule sur le Web, on ne peut s'empêcher d'éprouver de la curiosité, parfois de l'étonnement à la lecture de certaines dépêches.
A cet égard, la semaine du 26 mars au 1er avril 2007 fut d'une densité remarquable.
J'ai retenu, pêle-mêle :
• les noces du Chinois Bao Xishun, 56 ans, considéré comme l'homme le plus grand du monde (2 m 36), avec la jeune Xia Shujuan, 29 ans et seulement 1 m 68. Le commentaire de la dépêche, plutôt sibyllin, évoque un mariage arrangé — indice que les grands n'ont pas toujours auprès des femmes le succès qu'on croit. D'ailleurs, Robert Wadlow, l'homme le plus haut de taille depuis que ce genre de record est homologué (2 m 72) est mort célibataire.
Le couple chinois, preuve vivante que la fameuse croissance de l'Empire du milieu affecte ses propres sujets
Robert Pershing Wadlow (1918 - 1940), l'homme le plus grand jamais mesuré
Le même, réintégrant péniblement son véhicule — est-ce à la requête du géant que les automobiles états-uniennes ont acquis leurs proportions généreuses ?
• Un Britannique âgé de 40 ans, Robert Garside, surnommé The Runningman (" L'homme qui court ") par ses compatriotes, vient d'achever le premier tour du monde en courant. Son épopée s'est achevée le vendredi 13 juin 2003 à New Delhi, la ville dont il était parti cinq ans et huit mois plus tôt. C'était la quatrième tentative de cet étudiant en psychologie, dont la dépêche nous précise qu' " il a échappé à des voleurs au Mexique,
à des hommes armés au Panama, et a été arrêté par des officiels du
gouvernement chinois car il ne disposait pas des autorisations
nécessaires. "
Vous l'ignorez sans doute, mais je projette depuis plusieurs années un tour du monde à pied, non en courant — ça me semble bien puéril — mais en marchant. Ce projet est né de ma rencontre avec Bernard Ollivier, qui est parti l'année de sa retraite pour une longue marche sur le segment oriental de la route de la soie. Le récit de son voyage, paru en trois tomes chez Phébus, est un enchantement.
J'écrirai bientôt un article sur mon projet de tour du monde à pied, en espérant trouver parmi vous de futur(e)s coéquipier(e)s.
Robert Garside à son arrivée à New Delhi
• Les Chinois sont en train de bâtir une ville écologique, Dongtan, sur l'île de Chongming, à l'embouchure du Yangtze. L'article indique : " D'ici 25 ans, un demi-million de personnes
devraient élire domicile sur l'île, paradis des oiseaux migrateurs et
actuellement reliée par ferry au continent. Elle sera la première cité verte d'une Chine qui apparaît comme un cauchemar écologique avec vingt des trente villes les plus polluées au monde. /…/ Le principe est simple: tout reposera sur
les énergies renouvelables. Trois éoliennes fendent déjà l'air de
Dongtan. Le recyclage sera optimisé: eau de pluie pour irriguer les
cultures, ordures ménagères pour servir de combustible. Les habitants mangeront des produits issus
de l'agriculture biologique des fermiers locaux. Les toits en pelouse
des maisons de huit étages maximum assureront une isolation efficace et
les bâtiments consommeront 70% d'énergie de moins que les tours du
centre ville. Seulement 40% de l'espace aménagé sera construit, le reste étant consacré aux cultures et à la réserve naturelle d'oiseaux. /…/ Les véhicules n'utiliseront ni diesel ni essence. "
Mais les contradicteurs du projet observent, avec raison selon moi, qu'avant d'être écologique l'île était… naturelle, et ne s'en portait pas plus mal. Il est douteux que les oiseaux migrateurs fassent bon ménage avec les Chinois fortunés qui s'installeront à Dongtan.

Localisation de Dongtan
Une " vue d'artiste " de la marina de Dongtan. Bien peu de verdure, pour une île écologique !
• José Bosé, candidat têtu à la présidentielle, souhaite lancer un concours pour changer les paroles de la Marseillaise, notre hymne national, dont certains versets sont jugés choquants par beaucoup de Français. Il s'agit en particulier de :
Qu'un sang impur...
Abreuve nos sillons !
Comme Bové le souligne honnêtement, il n'est pas le premier à défendre cette idée. Plusieurs personnalités, dont l'abbé Pierre et Théodore Monod, ont déclaré que la Marseillaise méritait d'être réécrite. M. Jean Toulat a recueilli l'opinion d'artistes et de politiciens sur le sujet dans son livre Pour une Marseillaise de la Fraternité (éditions Axel NOEL : Paris, 1992). On peut en lire des extraits sur ce site Internet, et sur cet autre. Un collectif a même créé, voici quelques années, pour exiger cette réforme. A mentionner également, l'initiative de cette association qui propose une Marseillaise pour les enfants.
Dans un recueil de récits d'anticipation resté inédit, j'ai moi-même écrit un projet de Marseillaise dont voici un extrait :
" Allons enfants du millénaire,
Le jour d’espoir est arrivé !
Effaçons ces tristes frontières,
Qu’entre nous un pont soit jeté ! (bis)
Pourquoi faut-il brandir les armes,
Donner tous nos fils au combat ?
Tant d’eux ont péri dans nos bras !
Nous n’avons que trop versé de larmes !
Ensemble, citoyens !
Arrachons nos bâillons !
Chantons ! Chantons !
Le temps est mûr
De faire une nation !
Fille ou garçon, ou noir ou pâle
Nous sommes tous frères d’humanité !
De nos vies le prix est égal,
De nos sangs chaque goutte est sacrée ! (bis)
Il n’est de roi ni de prophète
Qui vaille un enfant sacrifié !
Tyran, tu crois nous abuser,
Prends garde d’éveiller la tempête ! … "
Ça sonne pas mal, non ?
• Deux autres dépêches extraites de l'actualité de la semaine, mais que je ne commenterai pas — elles se suffisent à elles-mêmes :
> une ONG, le Comité catholique contre la
faim et pour le développement (CCFD), assure que les dictateurs des pays du Sud ont
détourné et placé à l'étranger, au cours des dernières décennies, des fortunes estimées entre
100 à 180 milliards de dollars. Relisez une nouvelle fois. Voilà qui conforte mon idée que notre monde, plus que de justice, a désormais besoin de justiciers ;
> L'exposition d'un Christ en chocolat (voir photo ci-dessous) dans la galerie d'un hôtel new-yorkais, en pleine semaine de Pâques, a été annulée sous la pression des Catholiques..
De quoi alimenter ma méfiance envers un certain art contemporain — méfiance que n'éveille aucunement chez moi la musique contemporaine, dont les auteurs, en règle générale, possèdent une culture de leur art plus étendue que celle des plasticiens.
27 mars 2007
Oups !
Je tiens la preuve récente que les " mots d'enfants " sont mal nommés et que les auteurs de ces calembours involontaires, mais souvent expressifs, peuvent fort bien se recruter chez les adultes. Mon blog proposait une catégorie " mots de ma fille ". J'en crée une autre aujourd'hui : " mots de ma compagne ".
Voici quelques jours, Laetitia et moi évoquions un agent immobilier peu scrupuleux, pourtant employé d'une enseigne reconnue (ORPI), qui m'avait fixé un rendez-vous auquel il ne s'était pas rendu, sans d'ailleurs présenter d'excuses. Et voilà que ma compagne, très échauffée, le traite de " BAGOUILLEUR ".
Ce néologisme, ou plutôt cet hapax — mot dont un seul emploi a été relevé — me semble très réussi. " BAGOUILLEUR " rappelle magouilleur, bien sûr, mais aussi bagou : éloquence verbeuse fort utile à ceux qui magouillent…
Si ce mot entrait dans le dictionnaire, au moins dans Le Petit Robert, ce serait près de bagouse : un accessoire également fort prisé des agents immobiliers !
15 mars 2007
Bientôt en librairie…
Chers amis,
Mon prochain roman, Semper Augustus, sortira chez Gallimard ce printemps, sans doute en mai. C'est aussi le mois de mon anniversaire, cette échéance aussi espérée des enfants qu'elle est redoutée des adultes.
Pour la première fois, cette année, m'est venue la tentation de tricher sur ma date de naissance en me rajeunissant de deux ans. Nous verrons si j'y céderai, étant l'unique rédacteur des trois lignes de biographie figurant au dos du livre !
J'avais songé à produire une biographie fictive et pittoresque, mais Gallimard l'a refusée — peut-être avec raison. Vous serez juges en lisant ceci :
Né à Samarcande en 1973, fils d’un oiseleur vénitien et d’une flûtiste russe, Olivier Bleys est un jeune homme aussi long de taille qu’il est court de cheveux. De son enfance voyageuse et bohême, il garde l’amour du café et le regret de la musique. Ses engouements passagers, mêlés à des souvenirs de ses vies antérieures, inspirent des romans d’histoire qui ne sont pas historiques. Chacun complète d’une nouvelle pièce un luxuriant cabinet de curiosités.
L'heure n'est plus aux mythomanies. Pourtant, les artistes de son passé ne se sont pas privés d'assaisonner leur biographie avec quelques inventions savoureuses… Ainsi Bob Dylan, qui prétendait — faussement — avoir reçu une guitare d'un vieux bluesman aveugle, ou encore Orson Welles, qui se faisait passer aux Etats-Unis pour une vedette du théâtre britannique, ou enfin Heitor Villa-Lobos, compositeur brésilien du XXe siècle, qui déclarait avoir été capturé par des Indiens anthropophages…
En avant-première, voici le projet de quatrième de couverture :
" Haarlem, années 1630. Cornelis Van Deruick, un
marchand de tissus veuf et sans-le-sou, décide de quitter la Hollande
pour chercher fortune en Amérique. Il laisse ses quatre enfants à la
garde de l’aîné, Wilhem, et leur assure la protection de Paulus van
Bereysten, haut personnage de la ville, négociant en fleurs puissant et
redouté.
La Hollande est alors la proie d’une étrange folie : la passion des
tulipes. Les variétés rares atteignent des prix extravagants et font
l’objet de spéculations intenses, au point d’inquiéter les autorités.
Des fortunes se font et se défont en quelques heures sur ce marché
volatil où un seul bulbe de Semper augustus – une tulipe légendaire à
l’éclat sans pareil — vaut autant qu’un palais. Livrés à eux-mêmes, les
enfants Deruick vont affronter un monde cynique et implacable…
Basé sur un épisode historique méconnu, la « tulipomanie », où certains
économistes voient une préfiguration des bulles spéculatives modernes,
le roman d’Olivier Bleys restitue avec brio l’atmosphère fiévreuse des
Pays-Bas de l’âge d’or. Ce récit d’une formidable vitalité est aussi un
plaidoyer contre l’injustice sociale, l’asservissement des faibles par
les nantis. Il se révèle alors d’une troublante actualité. "
Ça vous donne envie de lire ? Je l'espère !
Le service artistique de l'éditeur a travaillé aussi sur la couverture, selon mes recommandations et les reproductions de tableaux que je leur avais fournies. Voici leur dernière proposition — très sombre en raison de la mauvaise définition du document original ; la couverture imprimée sera plus lumineuse :
Qu'en pensez-vous ?
L'atmosphère est bien celle du livre : obscure et inquiétante. La présence d'une tulipe cernée par les insectes symbolise l'innocence corrompue des principaux protagonistes, quatre enfants livrés à eux-mêmes dans les Pays-Bas de l'âge d'or (début du XVIIe siècle) et qui feront l'apprentissage douloureux du monde. C'est aussi un rappel de la thématique du roman que le titre, Semper Augustus, ne laissait pas deviner — un certain nombre d'entre vous le jugeaient d'ailleurs peu explicite.
Cette image est un détail d'un tableau de Balthasar van der Ast, Nature morte avec fruits et fleurs, qu'on peut admirer au Rijksmuseum d'Amsterdam.
La peinture de fleurs était très en vogue dans les Pays-Bas de l'âge d'or. C'était aussi une façon pour les bourgeois qui ne pouvaient s'offrir de fleurs véritables, souvent hors de prix, d'embellir leur maison avec des bouquets artificiels. Nombre de ces tableaux représentent des fleurs fanées ou défraîchies, parfois couvertes d'insectes — une façon d'illustrer la fragilité de ces belles créatures et la vanité de nos attachements terrestres.
Voici un choix tiré de ma collection personnelle (virtuelle, s'entend). Vous pouvez cliquer sur les vignettes pour les agrandir :

Balthasar van der Aelst
Fleurs dans un vase avec coquillages et insectes
Jan Van Huysum
Titre inconnu
HEEM Jan Davidsz
Vase de fleurs
Balthasar van der Ast
Titre inconnu
Dans mon jardin aussi, les tulipes ont percé. Pourvu qu'elles ne succombent pas au gel dont la dernière offensive de l'hiver nous menace !
Bons baisers à tous,
Olivier
11 mars 2007
Nos petits oiseaux
Parmi les outils mis à ma disposition par l'éditeur de ce blog, l'un des plus utiles est le classement des messages par catégories, qui permet d'extraire de mes contributions celles qui rencontrent votre intérêt. Or, depuis que je tiens ce journal en ligne, il est manifeste que la catégorie " mots de ma fille " l'emporte sur les autres, en quantité sinon en qualité. Cela s'explique aisément :
Alice, ma fille, est un moulin à paroles. Pourvu qu'elle soit en confiance, elle ne laisse le dernier mot à personne, et répète ses questions aussi longtemps qu'elles n'ont pas reçu de réponse ;
Alice partage avec les autres enfants de son âge ce génie de l'improvisation qui faisait dire méchamment à Cocteau : " tous les enfants ont du génie, sauf Minou Drouet ". Minou Drouet, si vous l'ignorez, est une fillette rendue célèbre dans les années 1950 par des recueils de vers assez conventionnels mais joliment tournés. Vous pouvez lire ici sa biographie et un article de Paris-Match qui lui fut consacré à l'époque.
Ce n'est pas ma fille, c'est Minou Drouet
Il me suffit donc, papa fainéant, d'écouter ma fille un stylo à la main pour recueillir la matière d'une nouvelle chronique. C'est ce que j'ai fait lors du dernier week-end, passé à Bordeaux, au cours duquel j'ai relevé :
" Papa, j'ai pondu mes œufs " > je n'ai pu percer le sens de cette affirmation, qui n'a rien de scatologique ;
" Papa, le vent me secoue comme une cloche" > de fait, il ventait fort sur la plage ;
" Papa, quand j'étais petite, j'étais la sœur de maman " >Alice étant aujourd'hui fille unique, il n'est pas aisé de lui faire entendre ce qu'est un frère ou une sœur. Si vous insistez un peu, elle est d'ailleurs toute disposée à devenir votre sœur, voire votre frère.
Plus on prend de l'âge, plus on ralentit : voilà ce qu'un trentenaire découvre en présence d'une petite fille de trois ans. Alice court et je marche, Alice débite des paroles à toute allure quand moi, je cherche mes mots… Je me demande souvent quelle impression doit être la sienne au milieu d'adultes si paresseux, si flegmatiques, tels des menhirs impossibles à mouvoir. Est-ce qu'elle pense habiter le même monde ? Ou appartenir à une espèce différente, au tempo accéléré ?
Cela m'évoque une émission écoutée naguère sur France Culture, et consacrée… aux chants d'oiseaux. Au cours de l'émission, des extraits de chants étaient diffusés, tantôt à vitesse normale, tantôt ralentis. On s'apercevait ainsi que l'oreille humaine n'entend qu'une note là où l'oiseau en produit de très nombreuses ! Un phénomène évoqué dans le texte suivant, extrait de cet article :
- L'oiseau est une petite boule de plume qui ne pèse parfois que quelques grammes, mais qui vit à une autre échelle de temps que nous. Sa température interne est de 41 degrés ou plus, et il peut sans moteur voler à 100 km/heure, il émet ou entend 400 sons seconde, etc. C'est pourquoi on a pu faire des découvertes musicales en... ralentissant certains chants qui, pour notre oreille, n'étaient qu'une bouillie infâme de sons suraigus. Certains oiseaux émettent jusqu'à 40.000 Hz, il faut donc ralentir plusieurs fois pour arriver à entendre toutes les fréquences émises, et on s'aperçoit alors que la bouillie sonore devient une structure rythmique et mélodique organisée, souvent très belle. Plusieurs spécialistes, musiciens à l'origine, ont étudié les chants d'oiseaux au ralenti, notamment Peter Szoke en Hongrie.
A bon entendeur... Il existe aussi un CD audio, Drôles d'Oiseaux proposant, outre des chants d'oiseaux à vitesse normale, trente-neuf chants ralentis (deux ou quatre fois).

La couverture du CD Drôles d'oiseaux
Alice me fait l'effet de cet oiseau rapide dont mes yeux de vieil ours ne peuvent seulement suivre le vol !
08 mars 2007
Réponse du potager à la potagère
Bonjour,
Une amie, Murielle, souhaitait déposer un commentaire avec photos pour mon billet intitulé " Mangez des carottes ! ". Cette opération n'étant pas possible, elle m'a envoyé un courriel comportant lesdits clichés. J'ai décidé de partager cette jolie contribution à ma réflexion diététique. Son message :
" Voici peut être une autre idée pour faire manger des légumes aux enfants !
"
Appétissante idée !
Tous les enfants — en tout cas, tous ceux de ma génération et de plusieurs qui l'ont précédée — connaissent le conte des frères Grimm, Hänsel et Gretel, où il est question d'une maison bâtie en pain d'épices, en sucre et en biscuits qu'habite une méchante sorcière dévorant les enfants égarés. Voilà, peut-être, une leçon destinée aux gourmands. Je ne l'ai guère écoutée… Aujourd'hui encore, je continue de rêver d'un paysage entièrement comestible, avec une herbe en pâte d'amandes, des arbres en nougatine, des ruisseaux de sirop et des sources de Salvetat où l'on boirait pour faciliter la digestion du reste (coquetterie personnelle). Je songe à des buissons barbes à papas, à des câbles électriques en sucre filé, à des meules de meringue ou des éoliennes taillées dans ce curieux fruit étoilé nommé carambole.
Illustration de Kay Nielsen pour Hansel et Gretel par les frères Grimm.
In Fleur de Neige et autres contes de Grimm. Paris, L'édition d'art Henri Piazza, 1929 (30,1 x 23,2 cm)
Malheureusement, nos campagnes modernes sont tout sauf friandes pour les citadins qui les arpentent. Enfant déjà, on m'avertissait de ne pas consommer les baies à ras de sol, sur lesquelles les renards avaient peut-être uriné ; on me dissuadait de ramasser des champignons, ces traîtres végétaux chez qui les faux amis abondent — ainsi le cèpe vrai qui possède un jumeau indigeste, le bolet du diable (boletus satanas). Maints fruits étaient suspects, donc interdits de cueillette. Et ceux qui à l'évidence, n'exposaient qu'à la gourmandise — pommes, poires ou framboises — devaient de toute façon être lavés avant qu'on y morde, sinon fouillés pour en chasser les vers et autres parasites qui les infestaient. A condition, pour finir, que l'arbre n'appartînt à personne et qu'aucun paysan ombrageux ne s'en réservât le produit !
Depuis, les choses n'ont fait qu'empirer. La pollution, les pesticides, bientôt le désordre génétique multiplient les pièges que la nature nous tend. Ses tentations peuvent être mortelles. Il n'était pas sûr, il devient risqué de détacher un fruit de l'arbre pour le porter directement à la bouche. Comme beaucoup d'enfants des villes, j'ai été élevé dans une certaine méfiance envers la campagne vénéneuse, bourdonnante de frelons (désormais asiatiques). Elle ne relève plus, hélas ! d'un scrupule exagéré.
Mais tout cela, je ne le dirai pas à ma fille qui doit manger ses carottes !
07 mars 2007
ANNA PERENNA !
Chers amis,
Notre début d'année a été assez dense, en raison surtout d'un déménagement à Bordeaux qu'il faut préparer — voilà pourquoi nous avons excédé, de beaucoup, le terme généralement admis pour l'envoi des cartes de vœux (31 janvier).
Le nouvel an chinois, fêté fin février, nous fournissait l'occasion d'un " rattrapage " mais nous avons manqué aussi cette échéance.
C'est donc en mémoire du nouvel an romain, célébré jadis le 15 mars (première lune du premier mois), que nous vous adressons nos vœux. Voilà une coutume qu'il est bon d'éveiller et d'étendre : n'est-il pas plus naturel de situer le tournant de l'année au moment du retour du printemps, du regain de la végétation, de la montée de sève ? Quand tout éclôt et reverdit ?
Pour ma part, cette date du 31 décembre m'a toujours paru fade et arbitraire.
Et si nous fondions une association pour la réforme du calendrier ? Ne serait-ce pas très écologique ?
A la façon des Romains d'autrefois, nous vous disons donc : ANNA PERENNA ! (" bonne année et que cela dure !")
… autrement dit, nous vous souhaitons une année 2007 féconde et luxuriante !!!!!!!!
La mode n'est pas au latin, de récents déboires nous l'ont prouvé, mais il est bon parfois d'épousseter les langues mortes.
Nous vous embrassons bien fort !
L'auteur et les siens
Nota bene : certains d'entre vous seront peut-être curieux d'apprendre comment cette carte végétale a été réalisée, sachant que son créateur n'a aucun talent pour le graphisme. Il s'agit d'une combinaison presque aléatoire de brosses Photoshop à motifs de plantes ou de fleurs que vous pouvez télécharger à cette adresse. Je les ai utilisées également pour le bandeau de mon blog.
04 mars 2007
Avis aux Bordelais(e)s
Bonjour,
Ma compagne, ma petite fille et moi-même préparons notre déménagement à Bordeaux qui interviendra au début de l'été.
Cette ville est neuve pour moi. Nous y comptons quelques amis très proches mais rien d'équivalent au cercle, fidèle et étendu, que nous avions formé dans la capitale au fil des années.
Avis donc aux Bordelais, aux Bordelaises qui chercheraient à lier connaissance : nous sommes ouverts à toute rencontre !
N'hésitez pas écrire à l'auteur de ce blog ( ozana@club-internet.fr ) pour accompagner nos premiers pas dans la ville !

Un moule à cannelé, fameuse spécialité bordelaise :
non encore une friandise, mais une promesse de friandise
— ainsi de notre déménagement !
03 mars 2007
Mangez des carottes !
On accuse, à raison, l'éclairage urbain de raréfier les étoiles visibles à l'œil nu dans le ciel des villes. Quelques-unes, les plus brillantes, percent néanmoins. Un matin, ma fille a remarqué l'étoile du berger qui montait à l'orient et, la pointant du doigt, a déclaré :
" Depuis que je mange des carottes, je vois mieux les étoiles ! "
Cela mérite une courte explication. Pour inciter notre fille à manger des légumes, et singulièrement des carottes, nous avons inventé un petit jeu domestique : alors qu'elle est assise, boudeuse, devant son assiette, refusant de manger, nous lui proposons de prendre une seule bouchée et d'observer le résultat sur son acuité visuelle. Elle obéit, par curiosité. Alors, je me recule très loin dans la pièce et désigne un détail minuscule de ma personne (par exemple, un bouton sur ma veste, l'ongle de mon petit doigt…) en lui demandant si elle le voit. Elle répond " oui " et nous nous extasions sur l'effet magique des carottes. Il suffit de répéter la manœuvre deux ou trois fois, en s'éloignant chaque fois de quelques pas, et notre fille ne fait plus d'histoire pour avaler son plat…
Essayez avec vos enfants, si vous en avez, et faites-nous part des résultats !
Une autre méthode pour familiariser votre enfant avec les délices du potager consiste à lui proposer un " doudou légume " dans ce genre-là :
Les carottes, c'est bon aussi pour les grands. Bon appétit !


























