08 mars 2007
Réponse du potager à la potagère
Bonjour,
Une amie, Murielle, souhaitait déposer un commentaire avec photos pour mon billet intitulé " Mangez des carottes ! ". Cette opération n'étant pas possible, elle m'a envoyé un courriel comportant lesdits clichés. J'ai décidé de partager cette jolie contribution à ma réflexion diététique. Son message :
" Voici peut être une autre idée pour faire manger des légumes aux enfants !
"
Appétissante idée !
Tous les enfants — en tout cas, tous ceux de ma génération et de plusieurs qui l'ont précédée — connaissent le conte des frères Grimm, Hänsel et Gretel, où il est question d'une maison bâtie en pain d'épices, en sucre et en biscuits qu'habite une méchante sorcière dévorant les enfants égarés. Voilà, peut-être, une leçon destinée aux gourmands. Je ne l'ai guère écoutée… Aujourd'hui encore, je continue de rêver d'un paysage entièrement comestible, avec une herbe en pâte d'amandes, des arbres en nougatine, des ruisseaux de sirop et des sources de Salvetat où l'on boirait pour faciliter la digestion du reste (coquetterie personnelle). Je songe à des buissons barbes à papas, à des câbles électriques en sucre filé, à des meules de meringue ou des éoliennes taillées dans ce curieux fruit étoilé nommé carambole.
Illustration de Kay Nielsen pour Hansel et Gretel par les frères Grimm.
In Fleur de Neige et autres contes de Grimm. Paris, L'édition d'art Henri Piazza, 1929 (30,1 x 23,2 cm)
Malheureusement, nos campagnes modernes sont tout sauf friandes pour les citadins qui les arpentent. Enfant déjà, on m'avertissait de ne pas consommer les baies à ras de sol, sur lesquelles les renards avaient peut-être uriné ; on me dissuadait de ramasser des champignons, ces traîtres végétaux chez qui les faux amis abondent — ainsi le cèpe vrai qui possède un jumeau indigeste, le bolet du diable (boletus satanas). Maints fruits étaient suspects, donc interdits de cueillette. Et ceux qui à l'évidence, n'exposaient qu'à la gourmandise — pommes, poires ou framboises — devaient de toute façon être lavés avant qu'on y morde, sinon fouillés pour en chasser les vers et autres parasites qui les infestaient. A condition, pour finir, que l'arbre n'appartînt à personne et qu'aucun paysan ombrageux ne s'en réservât le produit !
Depuis, les choses n'ont fait qu'empirer. La pollution, les pesticides, bientôt le désordre génétique multiplient les pièges que la nature nous tend. Ses tentations peuvent être mortelles. Il n'était pas sûr, il devient risqué de détacher un fruit de l'arbre pour le porter directement à la bouche. Comme beaucoup d'enfants des villes, j'ai été élevé dans une certaine méfiance envers la campagne vénéneuse, bourdonnante de frelons (désormais asiatiques). Elle ne relève plus, hélas ! d'un scrupule exagéré.
Mais tout cela, je ne le dirai pas à ma fille qui doit manger ses carottes !















