volubilis

Le blog littéraire, hédoniste et jardinier d'un écrivain, Olivier Bleys.

21 février 2007

Un ballon au carré

C'était aujourd'hui notre première sortie au jardin. Assez effrontément je l'avoue, j'ai déplié une chaise longue pour tenter le printemps. Ma fille courait de-ci de-là, malgré son manteau d'hiver peu commode. Elle saisit un ballon et s'écrie :

" Papa, je voudrais bien jouer au football, mais ma raquette est sale ! "

J'étais partagé entre le devoir de la corriger et la jouissance d'apprendre qu'elle était si mal informée des choses du football — contrairement à nos voisins.
Ce n'est pas une pensée très honorable, mais je l'ai eue.

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19 février 2007

Nippon Tsunami

Vague à l’âme

Enfant, j’étais un spectateur ébloui des vagues, sans habiter pourtant une région littorale ni fréquenter la mer autrement que l’été, en vacances. Né à Lyon d’un père chasseur alpin, j’ai grandi au milieu des montagnes et ignoré, jusqu’à mon adolescence, les plaisirs de la voile et des sports nautiques. L’idée qu’on puisse s’éloigner des côtes jusqu’à les perdre de vue m’était absolument étrangère. Il n’empêche, je nourrissais pour les vagues, d’autant plus qu’elles étaient hautes, fortes et d’eau pleine — c’est-à-dire, sans ce froufrou d’écume qui entame à mes yeux leur pouvoir — un genre de fascination.

Je garde un souvenir précis d’un film états-unien diffusé à la télévision dans les années 1970, L’aventure du Poséidon, qui mettait en scène une vague gigantesque culbutant un paquebot de croisière. Parmi les rares tempêtes auxquelles j’ai assisté, celle déchaînée au large de la Corse durant l’été 1989, tandis que je campais sur la plage, m’a fait une forte impression : je suis resté plusieurs heures assis face aux vagues, espérant celle, plus grosse, qui éclabousserait la pointe de rocher sur laquelle j’étais installé. Enfin, je projette de me rendre un jour à Peahi, au nord de l'île de Maui, dans l’archipel d’Hawaï, pour admirer la déferlante de Jaws — de l’anglais « mâchoire » —, ces vagues de plus de vingt mètres qu’engendrent les grandes marées d’équinoxe.

À cause de sa géographie et de sa géologie particulières, le Japon figure parmi les pays les plus exposés au risque de tsunami, ces ondes océaniques engendrées par un séisme ou une éruption volcanique. Le terme lui-même appartient à la langue japonaise : c’est la combinaison de « tsu », le port ou le gué et de « nami », la vague. Il aurait été forgé par des pêcheurs rentrant d’une partie de mer, et découvrant leur port dévasté sans avoir rien constaté d’anormal au large.

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Sous la vague au large de Kanagawa
Gravure sur bois polychrome de Katsushika Hokusai (vers 1831)

Le tsunami du 26 décembre 2004, qui a fait 222 046 victimes en Asie, a placé les raz-de-marée au cœur de l’actualité. Mais certains pays, dont le Japon, sont familiarisés depuis longtemps avec ses effets dévastateurs. L’histoire des îles nippones est jalonnée de tsunamis meurtriers frappant la côte est, ouverte sur l’océan Pacifique, et causant chaque fois d’importants dégâts.

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Le tsunami d’Awa (Chiba) en 1703 – Estampe traditionnelle

Les archives japonaises dénombrent, au cours des quatre derniers siècles, onze tsunamis ayant fait plusieurs milliers de morts :

1605 :     5 000 victimes
1611 :     5 000 victimes
1703 :     5 000 victimes
   1707 :     30 000 victimes
  1766 :     1 500 victimes
    1792 :     15 000 victimes
  1854 :     3 000 victimes
    1896 :     25 000 victimes
  1923 :     2 000 victimes
  1933 :     3 000 victimes
  1960 :     1 500 victimes

La fréquence et la répétition du phénomène ont conduit de bonne heure la population japonaise à s’en prémunir. Il s’agissait, d’une part, d’éduquer les habitants pour qu’ils réagissent mieux et plus vite à l’arrivée des vagues ; d’autre part, d’adapter les habitations et les infrastructures (routes, ponts…) afin de limiter les dégâts matériels. 
L’essor des technologies, au cours du vingtième siècle, a permis de réduire notablement l’impact des tsunamis et, dans une moindre mesure, d’améliorer leur prévision. Digues géantes jusqu’à cinq mètres de hauteur, brise-lames, barrages, canaux déversoirs, plantations en bord de mer (…) font office de bouclier contre les vagues ; guetteurs, systèmes d’alarmes automatisés, modèles informatiques (…) permettent leur détection.

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La digue anti-tsunami de Tsu-shi, au Japon

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Système de surveillance des tsunamis en temps réel

Toutefois, les signaux fournis par les animaux paraissent les plus fiables : lors du raz-de-marée de décembre 2004, des éléphants de Khao Lak, une localité de la sud de la Thaïlande, ont brisé leurs chaînes et fui vers les hauteurs, sauvant ainsi la vie de leurs cornacs et d’une dizaine de touristes.

Le Japon est aujourd’hui le pays le mieux armé contre les tsunamis. C’est le seul au monde à disposer d’un centre de recherches dédié à Yokosuka, dans la préfecture de Kanagawa : l’Institut Japonais de recherches portuaires et aéroportuaires a mis au point une « canalisation à large flux » capable de simuler des raz-de-marée. En outre, la plupart des ports nippons sur la côte Pacifique s’abritent derrière de hautes digues. Tout danger n’est pas écarté pour autant. Un tsunami majeur comme, à l’intérieur des terres, un séisme de grande magnitude demeurent imparables.

tsunami_2

Des cloisons et des meubles sont balayés par une vague de 2.5 mètres de hauteur
générée par le simulateur de tsunami de l’Institut Japonais
de recherches portuaires et aéroportuaires de Yokosuka.

bateau_tsunami

Un bateau échoué sur le quai après le tsunami qui a frappé l’île d’Hokkaido en 1993

cascadia_tsunami

Modélisation du tsunami de 1700,
déclenché par un tremblement de terre en Amérique du nord

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18 février 2007

Mémoire à courants d'air

Je suis doté d'une très mauvaise mémoire. Il m'est difficile d'enregistrer un numéro de téléphone, de retenir le chemin à suivre jusqu'à ma destination — infirmité compensée par un bon sens de l'orientation. L'attention n'y fait rien : mon esprit seul est en cause. Il est comme cette éponge qui boit et ne restitue pas.

Ma mémoire faillible, ou même inopérante est source pour moi de nombreux tracas. Mais surtout, elle m'empêche de conserver les poèmes dont j'ai goûté la lecture et qui, rien à faire, ne peuvent tendre sous mon crâne aucun axone durable.

Il en est un, de Mallarmé, que je me suis longtemps efforcé de mémoriser — sans pouvoir réciter mieux que les quatre premiers vers. Le voici :

       Eventail de Mademoiselle Mallarmé

        Ô rêveuse, pour que je plonge
        Au pur délice sans chemin,
        Sache, par un subtil mensonge,
        Garder mon aile dans ta main.

        Une fraîcheur de crépuscule
        Te vient à chaque battement
        Dont le coup prisonnier recule
        L'horizon délicatement.

        Vertige ! voici que frissonne
        L'espace comme un grand baiser
        Qui, fou de naître pour personne,
        Ne peut jaillir ni s'apaiser.

        Sens-tu le paradis farouche
        Ainsi qu'un rire enseveli
        Se couler du coin de ta bouche
        Au fond de l'unanime pli !

        Le sceptre des rivages roses
        Stagnants sur les soirs d'or, ce l'est,
        Ce blanc vol fermé que tu poses
        Contre le feu d'un bracelet.
 

J'avoue regretter que les femmes, sous nos latitudes, ne manient plus guère d'éventail.

Autre éventail à mon goût, celui sur lequel Paul Claudel a encré de sa main ce qu'il nommait ses phrases. En réalité, c'est toute une série de papiers pliés que des peintres japonais ont parfois illustrés, et dont j'ai pu récemment admirer un échantillon au musée Guimet de Lyon. Voici l'un des plus beaux :

eventail

Vous trouverez sur cette page l'histoire des " Cent phrases pour éventails " (1927).

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17 février 2007

Elle a bien raison

Aujourd'hui, ma fille (trois ans et demi) a dit :

" Papa, toi tu es amoureux avec maman ! (une pause) Et moi, je suis amoureuse avec les autres enfants ! "

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Idée rétro pour la Saint-Valentin

La Saint-Valentin est passée et peut-être, après tout, manquez-vous à la tradition d'offrir à votre amoureuse ou à votre amoureux, en ce jour frisquet favorable aux fleuristes, des valentins, c'est-à-dire des billets doux ?
Si au contraire vous observez la coutume, voici un petit poème que j'adore depuis qu'une enseignante inspirée me l'a fait découvrir, et que vous pourrez profitablement glisser dans un bouquet de je-ne-sais-quoi :

        Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux :
        J'en serai laboureur, vous dame et gardienne.
        Vous donnerez le champ, je fournirai de peine,
        Afin que son honneur soit commun à nous deux.

        Les fleurs dont ce parterre éjouira nos yeux
        Seront vers florissants, leurs sujets sont la graine,
        Mes yeux l'arroseront et seront sa fontaine
        Il aura pour zéphyrs mes soupirs amoureux.

        Vous y verrez mêlés mille beautés écloses,
        Soucis, oeillets et lys, sans épines les roses,
        Ancolie et pensée, et pourrez y choisir

        Fruits sucrés de durée, après des fleurs d'attente,
        Et puis nous partirons à votre choix la rente :
        A moi toute la peine, et à vous le plaisir.
 

Extrait de L'Hécatombe à Diane, il est signé Théodore Agrippa d'Aubigné (1552 - 1630) dont voici un portrait :

Aubign_







Lorsqu'on connaît la vie d'Agrippa d'Aubigné, protestant harcelé mais harceleur qui, pour ainsi dire, n'a jamais lâché l'épée, on se demande comment un poème d'une telle délicatesse peut être son œuvre ! Son prénom même, Agrippa (du latin : " aegre partus ", " enfanté avec peine "), témoigne des douleurs infligées à sa mère, morte en couches !

   

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Tombé du ciel

Comme vous l'ignorez sans doute, j'habite non loin de Paris la charmante bourgade de Vitry-sur-Seine et même, dans cette commune de grande étendue, un quartier bordant la zone industrielle. Cette situation comporte au moins un avantage : notre maison se trouve à quelques tours de roue de l'hypermarché LECLERC et de la station d'essence voisine, où ma Polo assouvit chaque mois — guère plus — sa soif d'hydrocarbure. Or, le rond-point face à l'hypermarché accueille un bien curieux " totem ", sur la nature exacte duquel je vous laisse méditer face aux photos suivantes :

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Je me suis longtemps demandé ce que pouvait être cette grosse sphère de métal, couleur pain brûlé, avec ses portes boulonnées et ses hublots double épaisseur. Mes recherches sur Internet n'ayant rien donné, j'ai saisi la société d'histoire de Vitry-sur-Seine laquelle, fort aimablement, m'a fourni les éléments dont elle disposait : il s'agit d'une capsule spatiale soviétique des années 1960 ou 1970, qu'un ancien directeur de l'hypermarché a acquise lors d'une séance d'enchères. Quand la vente a-t-elle eu lieu ? De quel modèle d'astronef s'agit-il ? Personne n'a pu me répondre.

L'enquête se poursuit

J'ai donc écrit au directeur de l'hypermarché, à deux reprises et à trois mois de distance, pour avoir accès à ses archives. Qui sait ? Peut-être allais-je découvrir, au milieu des factures de fournisseurs, le titre de propriété de l'engin ? Las ! A ce qu'il semble, la gestion des stocks de yaourts et d'aliments pour chiens ne laisse aucun répit à ce monsieur ou à cette dame, puisqu'il ne m'a pas répondu. J'en suis réduit aux conjectures : la capsule est-elle rescapée d'une grande aventure spatiale ? Youri Gagarine, le premier homme dans l'espace, l'a-t-il habitée — une avenue porte son nom à Vitry-sur-Seine ?

Je ne me lasse pas, en tout cas, d'admirer cet étrange objet. Chaque fois que ma Polo en fait le tour — deux ou trois fois, à la grande épouvante des autres autos engagées sur le rond-point ! —, ma pensée s'évade… Voilà certes une fin peu glorieuse pour ce vestige de la conquête spatiale : planté sur un clou d'acier, affublé de ce ridicule panache de tôle, de cette trompe grotesque qui m’évoque irrésistiblement un nez de clown, à mi-distance d'une station d'essence et d'un hypermarché !

N'est-ce pas l'emblème insolite de notre décadence ? D'une société à ras-de-sol qui n'aspire plus qu'à remplir son caddie ?

Alors, me reviennent en mémoire ces vers de Baudelaire sur l'albatros :

                            « Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
                            Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
                            L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
                            L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait ! »

Ou, du même, cette prose célébrant les nuages… et le vertige qu'ils procurent à leurs contemplateurs :

                            « Il n'est pas de plus grand voyage qu'on fasse
                            Qu'en regardant les nuages qui passent. »

Mon conseil du jour : levez les yeux !

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Message de bienvenue

Bienvenue sur mon blog !

 Voilà un projet longtemps différé qui, enfin, prend formes et couleurs… Mes correspondants réguliers le savent, j’ai la manie de l’écriture, ou plutôt de la communication. Il m’est difficile d’apprécier  un livre ou un film, de découvrir un artiste, de poursuivre un voyage sans publier aussitôt la nouvelle. J’ignore comment, affligé de cette redoutable graphomanie, j’ai pu échapper au journalisme. Mais non, c’est par une autre voie que mes écrits quotidiens se diffusent : celle du message électronique, du courriel comme l’Académie propose élégamment de le nommer.

Voici plusieurs années que j'adresse à un cercle étendu d’amis, de lecteurs, de connaissances,  des billets reflétant mes expériences du moment. Dès lors, le glissement du courriel collectif au blog était naturel. J’ai suivi la pente et vous présente aujourd’hui mon « journal en ligne », VOLUBILIS, qui traitera de littérature, de musique, d’histoire, de sciences, de politique, d’actualité, de voyage (…), le tout dans l’intelligent désordre, dans le pêle-mêle inspiré d’un moderne cabinet de curiosités. N’hésitez pas à commenter ou à répliquer.  N’hésitez pas non plus à m’écrire directement, j’appartiens à l’espèce raréfiée des individus qui souhaitent les fêtes, qui orientent les touristes égarés et honorent (presque) toute la correspondance qu’ils reçoivent.  Pour finir, je vous offre cette citation de l’écrivain milanais Carlo Dossi (1849 – 1910), laquelle cerne assez bien l’esprit de mon blog :

« Les fous ouvrent des voies qu'empruntent ensuite les sages »

Frayez des voies nouvelles !

Olivier__t__2006

Bien chaleureusement,

Olivier  Bleys
ozana@club-internet.fr


Et soyez indulgents pour cette photo, prise dans le Gard, en été, après une randonnée à vélo, en tenant l'appareil à bout de bras !

Posté par cassiel à 15:12 - Inclassable - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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