volubilis

Le blog littéraire, hédoniste et jardinier d'un écrivain, Olivier Bleys.

19 février 2007

Nippon Tsunami

Vague à l’âme

Enfant, j’étais un spectateur ébloui des vagues, sans habiter pourtant une région littorale ni fréquenter la mer autrement que l’été, en vacances. Né à Lyon d’un père chasseur alpin, j’ai grandi au milieu des montagnes et ignoré, jusqu’à mon adolescence, les plaisirs de la voile et des sports nautiques. L’idée qu’on puisse s’éloigner des côtes jusqu’à les perdre de vue m’était absolument étrangère. Il n’empêche, je nourrissais pour les vagues, d’autant plus qu’elles étaient hautes, fortes et d’eau pleine — c’est-à-dire, sans ce froufrou d’écume qui entame à mes yeux leur pouvoir — un genre de fascination.

Je garde un souvenir précis d’un film états-unien diffusé à la télévision dans les années 1970, L’aventure du Poséidon, qui mettait en scène une vague gigantesque culbutant un paquebot de croisière. Parmi les rares tempêtes auxquelles j’ai assisté, celle déchaînée au large de la Corse durant l’été 1989, tandis que je campais sur la plage, m’a fait une forte impression : je suis resté plusieurs heures assis face aux vagues, espérant celle, plus grosse, qui éclabousserait la pointe de rocher sur laquelle j’étais installé. Enfin, je projette de me rendre un jour à Peahi, au nord de l'île de Maui, dans l’archipel d’Hawaï, pour admirer la déferlante de Jaws — de l’anglais « mâchoire » —, ces vagues de plus de vingt mètres qu’engendrent les grandes marées d’équinoxe.

À cause de sa géographie et de sa géologie particulières, le Japon figure parmi les pays les plus exposés au risque de tsunami, ces ondes océaniques engendrées par un séisme ou une éruption volcanique. Le terme lui-même appartient à la langue japonaise : c’est la combinaison de « tsu », le port ou le gué et de « nami », la vague. Il aurait été forgé par des pêcheurs rentrant d’une partie de mer, et découvrant leur port dévasté sans avoir rien constaté d’anormal au large.

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Sous la vague au large de Kanagawa
Gravure sur bois polychrome de Katsushika Hokusai (vers 1831)

Le tsunami du 26 décembre 2004, qui a fait 222 046 victimes en Asie, a placé les raz-de-marée au cœur de l’actualité. Mais certains pays, dont le Japon, sont familiarisés depuis longtemps avec ses effets dévastateurs. L’histoire des îles nippones est jalonnée de tsunamis meurtriers frappant la côte est, ouverte sur l’océan Pacifique, et causant chaque fois d’importants dégâts.

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Le tsunami d’Awa (Chiba) en 1703 – Estampe traditionnelle

Les archives japonaises dénombrent, au cours des quatre derniers siècles, onze tsunamis ayant fait plusieurs milliers de morts :

1605 :     5 000 victimes
1611 :     5 000 victimes
1703 :     5 000 victimes
   1707 :     30 000 victimes
  1766 :     1 500 victimes
    1792 :     15 000 victimes
  1854 :     3 000 victimes
    1896 :     25 000 victimes
  1923 :     2 000 victimes
  1933 :     3 000 victimes
  1960 :     1 500 victimes

La fréquence et la répétition du phénomène ont conduit de bonne heure la population japonaise à s’en prémunir. Il s’agissait, d’une part, d’éduquer les habitants pour qu’ils réagissent mieux et plus vite à l’arrivée des vagues ; d’autre part, d’adapter les habitations et les infrastructures (routes, ponts…) afin de limiter les dégâts matériels. 
L’essor des technologies, au cours du vingtième siècle, a permis de réduire notablement l’impact des tsunamis et, dans une moindre mesure, d’améliorer leur prévision. Digues géantes jusqu’à cinq mètres de hauteur, brise-lames, barrages, canaux déversoirs, plantations en bord de mer (…) font office de bouclier contre les vagues ; guetteurs, systèmes d’alarmes automatisés, modèles informatiques (…) permettent leur détection.

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La digue anti-tsunami de Tsu-shi, au Japon

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Système de surveillance des tsunamis en temps réel

Toutefois, les signaux fournis par les animaux paraissent les plus fiables : lors du raz-de-marée de décembre 2004, des éléphants de Khao Lak, une localité de la sud de la Thaïlande, ont brisé leurs chaînes et fui vers les hauteurs, sauvant ainsi la vie de leurs cornacs et d’une dizaine de touristes.

Le Japon est aujourd’hui le pays le mieux armé contre les tsunamis. C’est le seul au monde à disposer d’un centre de recherches dédié à Yokosuka, dans la préfecture de Kanagawa : l’Institut Japonais de recherches portuaires et aéroportuaires a mis au point une « canalisation à large flux » capable de simuler des raz-de-marée. En outre, la plupart des ports nippons sur la côte Pacifique s’abritent derrière de hautes digues. Tout danger n’est pas écarté pour autant. Un tsunami majeur comme, à l’intérieur des terres, un séisme de grande magnitude demeurent imparables.

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Des cloisons et des meubles sont balayés par une vague de 2.5 mètres de hauteur
générée par le simulateur de tsunami de l’Institut Japonais
de recherches portuaires et aéroportuaires de Yokosuka.

bateau_tsunami

Un bateau échoué sur le quai après le tsunami qui a frappé l’île d’Hokkaido en 1993

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Modélisation du tsunami de 1700,
déclenché par un tremblement de terre en Amérique du nord

Posté par cassiel à 06:25 - Ecologie et nature - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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