18 février 2007
Mémoire à courants d'air
Je suis doté d'une très mauvaise mémoire. Il m'est difficile d'enregistrer un numéro de téléphone, de retenir le chemin à suivre jusqu'à ma destination — infirmité compensée par un bon sens de l'orientation. L'attention n'y fait rien : mon esprit seul est en cause. Il est comme cette éponge qui boit et ne restitue pas.
Ma mémoire faillible, ou même inopérante est source pour moi de nombreux tracas. Mais surtout, elle m'empêche de conserver les poèmes dont j'ai goûté la lecture et qui, rien à faire, ne peuvent tendre sous mon crâne aucun axone durable.
Il en est un, de Mallarmé, que je me suis longtemps efforcé de mémoriser — sans pouvoir réciter mieux que les quatre premiers vers. Le voici :
Eventail de Mademoiselle Mallarmé
Ô rêveuse, pour que je plonge
Au pur délice sans chemin,
Sache, par un subtil mensonge,
Garder mon aile dans ta main.
Une fraîcheur de crépuscule
Te vient à chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
L'horizon délicatement.
Vertige ! voici que frissonne
L'espace comme un grand baiser
Qui, fou de naître pour personne,
Ne peut jaillir ni s'apaiser.
Sens-tu le paradis farouche
Ainsi qu'un rire enseveli
Se couler du coin de ta bouche
Au fond de l'unanime pli !
Le sceptre des rivages roses
Stagnants sur les soirs d'or, ce l'est,
Ce blanc vol fermé que tu poses
Contre le feu d'un bracelet.
J'avoue regretter que les femmes, sous nos latitudes, ne manient plus guère d'éventail.
Autre éventail à mon goût, celui sur lequel Paul Claudel a encré de sa main ce qu'il nommait ses phrases. En réalité, c'est toute une série de papiers pliés que des peintres japonais ont parfois illustrés, et dont j'ai pu récemment admirer un échantillon au musée Guimet de Lyon. Voici l'un des plus beaux :
Vous trouverez sur cette page l'histoire des " Cent phrases pour éventails " (1927).
Commentaires
De l'autre cote de l'Atlantique
Je suis doté d'une très mauvaise mémoire. Il m'est difficile d'enregistrer un numéro de téléphone...
Commentaire:
Il y a 20 ans, je connaissais tous les numeros de telephone de mes amis, professionnels, par coeur, des centaines . L'ordinateur et l'age font que je ne me souviens plus de rien... le plus ennuyeux c'est de ne pas se souvenir des poemes. Heureusement je me souviens des images de beaute rencontrees lors de mes voyages ou rencontres avec des etres aimes. Au moins cela !!
Quand je me souvenais des numeros de telephone, il y a 20 ans, je trouvais cela un peu stupide car je me souvenais uniquement de cela, et pas du tout les visites de musees, de sites touristiques, de l'histoire avec un grand H...de choses bien plus importantes ...
La technologie: peu importe la forme, le principal c'est de communiquer, sur papier ou sous Word.
EVENTAIL
J'avoue regretter que les femmes, sous nos latitudes, ne manient plus guère d'éventail.
COMMENTAIRE:
Si, si, j'ai une amie Peruvienne, qui a habite le Perou bien sur, la France, les USA et maintenant Moscou. Et bien Rosa a toujours un eventail avec elle... qu'elle prend toujours dans l'avion. Un eventail ca rafraichit toujours, plus fiable peut etre que l'air conditionne.
Et en Asie, au Vietnam d'ou je reviens, les jeunes femmes s'eventent ... avec un genre d'eventail en feuille de palmier ...
Mais evidemment je suis bete, a PARIS c'est different. C'est vrai je vis au Texas ou il est cense faire chaud mais pas en ce moment ...
Et depuis que j'ai enfin ete au Vietnam, le pays de mon pere, j'ai envie de finir mes jours la bas.
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