17 février 2007
Tombé du ciel
Comme vous l'ignorez sans doute, j'habite non loin de Paris la charmante bourgade de Vitry-sur-Seine et même, dans cette commune de grande étendue, un quartier bordant la zone industrielle. Cette situation comporte au moins un avantage : notre maison se trouve à quelques tours de roue de l'hypermarché LECLERC et de la station d'essence voisine, où ma Polo assouvit chaque mois — guère plus — sa soif d'hydrocarbure. Or, le rond-point face à l'hypermarché accueille un bien curieux " totem ", sur la nature exacte duquel je vous laisse méditer face aux photos suivantes :
Je me suis longtemps demandé ce que pouvait être cette grosse sphère de métal, couleur pain brûlé, avec ses portes boulonnées et ses hublots double épaisseur. Mes recherches sur Internet n'ayant rien donné, j'ai saisi la société d'histoire de Vitry-sur-Seine laquelle, fort aimablement, m'a fourni les éléments dont elle disposait : il s'agit d'une capsule spatiale soviétique des années 1960 ou 1970, qu'un ancien directeur de l'hypermarché a acquise lors d'une séance d'enchères. Quand la vente a-t-elle eu lieu ? De quel modèle d'astronef s'agit-il ? Personne n'a pu me répondre.
L'enquête se poursuit
J'ai donc écrit au directeur de l'hypermarché, à deux reprises et à trois mois de distance, pour avoir accès à ses archives. Qui sait ? Peut-être allais-je découvrir, au milieu des factures de fournisseurs, le titre de propriété de l'engin ? Las ! A ce qu'il semble, la gestion des stocks de yaourts et d'aliments pour chiens ne laisse aucun répit à ce monsieur ou à cette dame, puisqu'il ne m'a pas répondu. J'en suis réduit aux conjectures : la capsule est-elle rescapée d'une grande aventure spatiale ? Youri Gagarine, le premier homme dans l'espace, l'a-t-il habitée — une avenue porte son nom à Vitry-sur-Seine ?
Je ne me lasse pas, en tout cas, d'admirer cet étrange objet. Chaque fois que ma Polo en fait le tour — deux ou trois fois, à la grande épouvante des autres autos engagées sur le rond-point ! —, ma pensée s'évade… Voilà certes une fin peu glorieuse pour ce vestige de la conquête spatiale : planté sur un clou d'acier, affublé de ce ridicule panache de tôle, de cette trompe grotesque qui m’évoque irrésistiblement un nez de clown, à mi-distance d'une station d'essence et d'un hypermarché !
N'est-ce pas l'emblème insolite de notre décadence ? D'une société à ras-de-sol qui n'aspire plus qu'à remplir son caddie ?
Alors, me reviennent en mémoire ces vers de Baudelaire sur l'albatros :
« Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait ! »
Ou, du même, cette prose célébrant les nuages… et le vertige qu'ils procurent à leurs contemplateurs :
« Il n'est pas de plus grand voyage qu'on fasse
Qu'en regardant les nuages qui passent. »
Mon conseil du jour : levez les yeux !
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