24 décembre 2009
Nativité
Chers amis,
Voici un texte de circonstance, paru voici quelques jours dans le magazine chrétien " La Vie " qui a sollicité plusieurs écrivains d'un texte sur Jésus. Comme vous allez le lire, le mien n'est guère consensuel :
Jésus est paradoxal. Voici un homme dont l’histoire autant que la légende
attestent qu’il a vécu pour les autres, qu’il est mort pour les autres — mais
que la postérité désigne, lui seul, à la dévotion universelle. Voici un homme
qui se revendiquait messager, passeur, héraut d’une bonne nouvelle — mais dont
l’enseignement éveille moins d’attention que la personne.
Franciscain de cœur et d’esprit, je crois à l’autorité de la Parole sur le
Livre, et à la primauté du genre humain sur l’individu, si remarquable soit-il.
Qui était Jésus ? Au risque de déplaire, j’écrirai : peu importe. Il
nous faut comprendre plutôt qui nous sommes. Jésus serait quelconque sans la
multitude dont il a émergé, et au service de laquelle il s’est admirablement
dévoué. Notre amour pour Jésus serait vain s’il se substituait à l’amour du
prochain — de cet homme ou de cette femme, assis près de nous dans l’autobus,
qui mène une existence ordinaire et ne léguera aucun nom à la postérité.
Ce que Jésus, je crois, voulait réaliser, c’est la communion du genre humain ; non bien sûr la glorification de sa propre personne. Dès lors, il y a méprise lorsqu’on suspend des crucifix dans les églises, plutôt qu’un portrait anonyme de notre voisin de palier. Le culte de Jésus flatte notre goût pour les héros, les guides, les surhommes. Mais Jésus n’est en rien au-dessus de la mêlée ; ce n’est pas le meilleur d’entre nous, c’est le moindre — frère mineur, lui aussi. En cela seul, il est divin.
01 décembre 2009
Lectures provinciales
Chers amis,
J'ai publié un petit texte intitulé " une réconciliation " dans le recueil " Lumières du sud-ouest " qui vient de paraître aux éditions du Festin, à Bordeaux. Cette maison fondée en 1989 se signale par un travail d'une grande exigence et d'une haute qualité. Outre des livres, le Festin édite une revue d'art et d'architecture éponyme, véritable institution culturelle en Aquitaine. Je plains les Parisiens de ne pouvoir la trouver en kiosque !
Voici le recueil en question :
… et un petit écho médiatique (journal le Sud-Ouest) de la conférence bordelaise évoquée dans un précédent billet :
30 novembre 2009
Tendez l'oreille…
Chers amis,
Pour celles et ceux d'entre vous qui souhaitaient assister à ma conférence chez le libraire bordelais Mollat et n'ont pu le faire (malheureusement, le tramway ne circulait pas ce soir-là), vous pourrez l'écouter sur cette page Internet.
Je saisis l'occasion de vous recommander un jeune musicien états-unien, Sufjan Stevens, pour qui j'ai un coup de cœur. Ses compositions oniriques aux belles harmonies, paraît-il d'inspiration chrétienne, passent en boucle à la maison. En voici un échantillon : Pulaski, Chicago, John Wayne Gacy Jr.
Sufjan Stevens jouant de son instrument favori, le banjo
23 novembre 2009
Avis aux Bordelais(e)s
Chers amis,
Je donnerai ce vendredi 27 novembre à 18 h, dans les salons de la librairie Mollat, 11 rue Vital Carles à Bordeaux, une conférence autour de mon dernier livre chez Desclée de Brouwer, Le plafond de verre. La rencontre sera animée par Noël Mamère.
J'improvise la plupart de mes interventions, me suffisant d'un plan très succinct. Le thème de celle-ci, les inégalités sociales, m'incite à plus de préparation. Venez nombreux pour nourrir le débat sur ce sujet de grande actualité !
Je saisis l'occasion de vous soumettre un extrait du livre, qui n'est rien d'autre… qu'un brouillon personnel d'une nouvelle version de la Marseillaise. Voulez-vous corriger ce premier jet, le compléter ou l'enrichir ? Toutes les contributions sont les bienvenues ! Qui sait ? Peut-être parviendrons-nous à imposer une " Bordelaise " pour remplacer la Marseillaise chancelante ?
Allons enfants du millénaire,
Le jour d'espoir est arrivé !
Effaçons ces tristes frontières,
Qu'entre nous un pont soit jeté ! (bis)
Pourquoi faut-il brandir les armes,
Donner tous nos fils au combat ?
Tant d'eux ont péri dans nos bras !
Nous n'avons que trop versé de larmes !
Ensemble, citoyens !
Arrachons nos bâillons !
Chantons ! Chantons !
Le temps est mûr
De faire une nation !
Fille ou garçon, ou noir ou pâle
Nous sommes tous frères d'humanité !
De nos vies le prix est égal,
De nos sangs chaque goutte est sacrée ! (bis)
Il n'est de roi ni de prophète
Qui vaille un enfant sacrifié !
Tyran, tu crois nous abuser,
Prends garde d'éveiller la tempête !
La Marseillaise de François Rude, sur l'Arc de triomphe à Paris
02 octobre 2009
Le plafond de verre
Chers amis,
Aujourd'hui sort en librairie un petit essai, ou plutôt un " récit-témoignage " sur les inégalités sociales dont je porte le projet depuis des années. C'est un des textes les plus personnels qu'il m'ait été donné d'écrire et aussi, vraisemblablement, l'un des plus polémiques.
J'ignore quel accueil il pourra trouver dans le tourbillon d'une rentrée finissante. Les enjeux, de toute façon, ne sont pas ceux d'un roman… Il m'importait surtout de donner forme et corps à des pensées obsédantes. J'espère, par ce court écrit — une centaine de pages — m'en être libéré.
Je vous livre ce court extrait :
«
Ce plafond de verre, j’en
ignorais l’existence avant mes vingt-sept ans, preuve de ma grande innocence
ou, comme je le crois plutôt, de sa grande limpidité. Pour ainsi dire, on ne
peut découvrir ce plafond qu’en donnant contre, qu’en s’y heurtant le front.
Jusqu’à mes vingt-sept ans, donc, je croyais que les bourgeois et les autres
avaient, peu ou prou, des chances égales de promotion.
Certes, il ne
m’échappait pas que les premiers se présentaient en plus grand nombre aux
concours des grandes écoles, mais je l’attribuais à une culture familiale, au
modèle du père ou de la grande sœur qui avait intégré Normale ou Polytechnique
en son temps. Je ne tirais aucune leçon de mon propre parcours, celui d’un élève
doué, à l’excellent dossier scolaire, qui n’en a pas moins choisi de banales
études universitaires.
Si j’avais boudé les grandes écoles auxquelles mes résultats m’auraient permis de prétendre, c’était je crois par atavisme : non seulement personne d’entre nous n’avait jamais fait ce genre d’études — aucun risque qu’on m’y poussât —, mais la possibilité même n’en était pas ouverte dans nos esprits. Nous connaissions l’existence des grandes écoles comme nous connaissions celle des îles Aléoutiennes ou du détroit de Cook : elles étaient lointaines, inaccessibles ; jamais l’idée ne nous serait venue d’y mettre les pieds. »
Vous verrez ! Ça décoiffe !
Bonne lecture !
Olivier Bleys
30 septembre 2009
Apéritif à Menton
Chers amis,
Je rentre de Menton, ville à palmiers et à parfums nichée entre le rocher monégasque et la frontière italienne.
Quelques images de ce bref séjour littéraire et balnéaire. Comme vous pouvez le constater, je commande désormais du Perrier à la terrasse des cafés, accompagné ici de " socca ", la spécialité crêpière au goût poivré dont plusieurs villes de la Côte se disputent la paternité. Et j'écris partout où je peux, sur un beau carnet Moleskine…
17 septembre 2009
Métaphysique scolaire
Chers amis,
Alice et moi sommes en plein débat sur l'école.
La rentrée au cours primaire s'est bien passée.
Cependant, elle observait ce matin devant son verre de jus d'orange :
" C'est nul d'apprendre des choses car quand on apprend des choses, on grandit et, quand on est grand, on veut redevenir petit ! "
Il me reste à lui prouver qu'on peut très bien grandir, hélas, sans avoir rien appris…
Des idées ?

Fragment de son premier jour d'école…
09 septembre 2009
Hommage
Chers amis,
Avant-hier, le cinéaste Elia Kazan, né le 7 septembre 1909 à Istanbul, aurait eu 100 ans.
Je ne suis guère amateur de célébrations, surtout fondées sur des calculs aussi spécieux : l'anniversaire des 100 ans, l'anniversaire du décès, le bicentenaire de la naissance, etc. Les occasions sont trop nombreuses d'alerter les médias sur une actualité contestable ; les fantômes des grands artistes, des grands penseurs, des grands politiciens disparus hantent nos journaux d'une façon parfois accablante.
Elia Kazan
Mais Elia Kazan, c'est différent. Je tiens cet homme pour l'un des cinq plus grands cinéastes du XXe siècle (laissons aux autres une chance !), à égalité avec Orson Welles ou Ingmar Bergman. Sa filmographie est un chapelet de chefs-d'œuvre : Un tramway nommé Désir, Viva Zapata !, Sur les quais, A l'Est d'Eden, America America, Baby Doll, Un homme dans la foule, etc. ! C'est à Elia Kazan que Marlon Brando et James Dean doivent l'essentiel de leur carrière. Plus modestement, c'est à lui que je dois certaines de plus vives émotions cinématographiques.

Elia Kazan avec Marlon Brando, sans doute pendant le tournage de Sur les quais
Ce qui distingue Kazan de tant d'autres cinéastes talentueux, c'est, d'une part, ce sens de l'épopée et du mythe qui insuffle aux premières images de ses films (comme, dans un autre registre, à la plupart des vers de Victor Hugo) une grandeur inimitable ; c'est, d'autre part, l'aptitude presque artisanale à bâtir des histoires bien charpentées, solides, tenant debout. Il est à ce titre l'un des fondateurs de la belle tradition états-unienne, que notre cinéma intimiste et parfois bavard pourrait envier. J'ai moins d'intérêt pour l'aventure pourtant célébrée de l'Actors Studio, dont tant de grands acteurs sont sortis. Kazan était certes un grand directeur de comédiens. Mais il apparaît avant tout, à mes yeux, comme un conteur éblouissant, un grand témoin de l'âme humaine.
06 août 2009
Note de vacances
Chers amis,
Les sujets ne manquent pas dont je pourrais vous entretenir, à mi-chemin de mes congés studieux dans le Sud de la France.
Je pourrais relever, avec fierté, la présence de trois de mes romans dans la sélection de l'été du site Rue 89, sur la recommandation du député Noël Mamère (grâce lui soit rendue), ou celle de mon dernier livre dans la sélection " un été très livre " de la FNAC.
Je pourrais vous signaler, avec espoir, cette étude parue dans le Bulletin des Bibliothèques de France établissant, preuves à l'appui, que " 40 ans est en moyenne l'âge de la
productivité maximum, du « meilleur livre » " pour les écrivains.
Encore un an, donc, avant de culminer…
Mais je préfère vous orienter aujourd'hui vers une lecture plus sérieuse, une lecture susceptible d'engager votre vie comme elle a mobilisé celle de millions d'hommes et de femmes sur la planète. Il est rare qu'un livre suffise à fonder une organisation internationale, organisation perdurant plus d'un siècle après sa publication. C'est le cas du témoignage " Un souvenir de Solférino " d'Henry Dunant, dont la parution devait aboutir à la création de la Croix-Rouge Internationale. Vous avez de la chance : le livre peut être téléchargé gratuitement ici. Je viens de l'importer sur mon disque dur et le lirai dans les prochains jours. Ferez-vous de même ?

Un bouquet composé par ma fille Alice pour ma poche de chemise.
13 juillet 2009
Dans le Monde…
Chers amis,
Le Monde a publié dans son supplément Livres du jeudi 10 juillet un article sur mon dernier roman, Le colonel désaccordé (Gallimard, 2009).
Il est signé Jean Soublin, auteur et journaliste spécialiste du Brésil. Il a notamment publié une Histoire de l'Amazonie et un récit, Je suis l'empereur du Brésil, autour de la désastreuse guerre du Paraguay. Le premier de ces ouvrages m'a aidé à écrire mon propre roman, qui s'achève sur les rives vénéneuses du grand fleuve sud-américain.
Le hasard a fait que cet article voisine avec un autre, bien sûr plus étendu, consacré à Rabelais. Quand on referme le journal, les deux textes se recouvrent… Coïncidence amusante, quand on sait la passion que j'ai nourrie plus jeune pour Rabelais — au point de lui consacrer, en 1994, un mémoire de maîtrise de lettres !
Un portrait méconnu de François Rabelais. L'œil est plus sévère, moins malicieux que sur d'autres représentations...

























































